Faut-il vraiment interdire la circulation automobile rue de Rivoli ?

Profiter du Covid-19 pour prendre la décision de fermer à la circulation automobile la rue de Rivoli, n’est-ce pas une ficelle un peu grosse que la Maire s’est empressée de lancer sans vergogne au visage des Parisiens sous prétexte d’écologie mais surtout de préoccupation électoraliste pour le second tour comme gage donné à ses alliés ? À nouveau une décision lourde de conséquences est engagée sans concertation avec les habitants ; avec sans doute l’arrière-pensée de rendre définitive cette décision habilement présentée comme temporaire selon le scénario des voies sur berge. Tout cela sans se préoccuper non plus du report de circulation qui se reproduira forcément sur d’autres axes et sans doute aussi dans la perspective d’étendre le principe à d’autres rues et avenues provoquant ces effets d’affichage et d’annonce après lesquels la Maire court frénétiquement.

Mettre en avant les embouteillages sur la rue de Rivoli est proprement insultant, venant d’une municipalité qui, à grands frais, a réduit la circulation automobile à une seule voie sur cet axe il y a seulement un an.

Il s’agit aujourd’hui de la seule voie permettant encore de circuler d’Est en Ouest depuis le Marais, depuis la mise en sens interdit de la rue des Petits Champs au départ de la place des Victoires. Aller de la Bastille à la Concorde passera désormais par les grands boulevards, d’où une distance plus que doublée. Quel sera le bénéfice pour le climat et l’environnement ?

 

 Quelle que soit l’opinion de chacun sur les avantages et inconvénients d’interdire l’accès des voitures privées à la rue de Rivoli, une telle mesure ne peut être envisagée en interdisant aux riverains de pouvoir venir et partir de chez eux (donc habitant rue de Rivoli ou les rues qui ne sont accessibles que par la rue de Rivoli, ou celles qui débouchent sur la rue de Rivoli).  Il faudrait donc un nouveau badge spécial à coller sur les pare-brises (s’il y reste de la place, après la vignette Crit’Air et l’attestation d’assurance).

Quant à ces mêmes rues, toutes ou presque à sens unique, il n’y aura d’autre solution que de les mettre à double sens, afin de permettre d’y accéder et d’en repartir également.

Nombre de ces rues sont étroites. Il faudra donc y interdire tout stationnement (y compris pour les livraisons des artisans et commerçants) pour pouvoir garder des voies de circulation dans les deux sens, ce qui réduira dramatiquement les places de stationnement déjà peu nombreuses dans ces quartiers.

 

Conserver la circulation privée dans la rue des Archives et les autres rues circulant Sud-Nord à partir de la rue de Rivoli imposera d’en inverser le sens, puisque leur accès sera rendu impossible, tandis que les rues « descendantes » telles la rue Vieille du Temple deviendront des culs-de-sac pour les particuliers. La rue du Temple, fermée actuellement en bas par les travaux de l’entrée du métro Hôtel de Ville, et dont le sens s’inverse, sera un autre casse-tête. Les parkings publics Baudoyer et Lobau perdront l’essentiel de leur clientèle ce qui entraînera très probablement des indemnisations importantes à verser aux exploitants, aggravant la charge des contribuables parisiens.

Également, les retraits de marchandises au BHV rue de la Verrerie imposeront des détours compliqués dans le Marais, accroissant la circulation dans ces rues étroites.

 

Par ailleurs, la Maire mentionnant la circulation uniquement à vélo depuis la Bastille, cette mesure d’interdiction des véhicules privés concernera également donc la rue Saint-Antoine. Il faudra donc indemniser tous les commerces qui pâtiront de la perte de clientèle, par exemple la station-service du 12 rue Saint Antoine, qui n’aura plus de clients. Des impôts bien inutilement gâchés, et des emplois perdus.

 

Encore une fois, la décision de la fermeture aux voitures privées de la rue de Rivoli peut être un point de vue qui se défende, mais à condition d’expliquer que l’objectif sera de renforcer la mono-activité touristique du centre de Paris. Toute discussion démocratique ne peut être fondée qu’en prenant en compte l’ensemble des éléments.

Il ne faut pas s’exonérer des conséquences inévitables, et des coûts financiers – et humains – que cette mesure entraînera. Les épisodes de pollution durant le confinement démontrent que l’automobile n’est pas responsable de tous les maux environnementaux loin de là… D’ailleurs la pollution par les voitures n’est venue à l’ordre du jour à Paris dans les dernières années qu’au moment où les normes européennes obligatoires de réduction de la pollution étaient devenues tellement strictes (normes Euro 6) que les CO2 ne représentent plus environ que 5% de ce qu’ils étaient autrefois (avant la norme Euro 1) et les particules sont pratiquement éliminées, devant être filtrées par les pots catalytiques. Ces normes s’appliquent depuis septembre 2015.

Par rapport à Euro 1 (taux de CO2 max. 2720), actuellement les diesel ne peuvent dépasser un taux de CO2 de 500 en Euro 6d

Pour les véhicules à essence, le taux maximum admis en Euro 6b est aujourd’hui de 1.000 (Euro 1: 2720), soit le double de l’essence. 

Aucune mesure n’est annoncée à l’égard des motos portant très polluantes et bruyantes soumises à aucune contrainte de peur de réactions de ce lobby que craint la Maire de Paris ! Quant aux vélos et aux trottinettes en partage c’est un problème avec le Covid-19. Comment seront-elles désinfectées entre chaque usager ?

Il va devenir difficile pour l’équipe municipale actuelle, si elle reste aux manettes, avec la pandémie qui a priori va durer, de ne pas changer de braquet pour éviter pendant qu’il en est encore temps que Paris ne soit pas transformée en parc d’attraction géant où le fête permanente sera devenue la règle et la seule activité économique. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’il n’est pas question d’interdire rue de Rivoli les autocars de tourisme, qui déversent des dizaines de milliers de visiteurs rue de Rivoli chaque jour. À cette mesure seront contraints seulement les habitants, et les habitants de banlieue obligés de venir en voiture à Paris.

Enfin, alors que tout démontre qu’il faut éviter de surcharger les transports collectifs (métro, bus) afin de conserver des distances entre passagers pour éviter une seconde vague d’épidémie, la seule solution proposée par la mairie de Paris est pour les habitants de banlieue de se garer sur l’une les 1.200 places des parkings aux portes de la ville, et d’enfourcher un vélo.

 

La question du maintien des JO à Paris en 2024 doit également être revue. Ceux de Tokyo sont reportés en 2021, et le président du Comité d’organisation envisage désormais une annulation pure et simple. Faut-il les maintenir à Paris, les reporter ou tout simplement les supprimer car ils seront coûteux et peu compatibles avec les nouveaux comportements dictés par la pandémie ? Comme le disait l’un des candidats aux élections municipales à Paris en 2014 : « Les Jeux, ça coûte cher, y compris la candidature en soi coûte cher, et les Jeux dispendieux, je crois que ce n’est plus du tout d’actualité ». Cette candidate était Anne Hidalgo.

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