La Jeanne d’Arc de la place des Pyramides

L’ancienne place de Rivoli devenue place des Pyramides depuis 1932 en l’honneur de la campagne victorieuse menée par le général Bonaparte 134 ans plus tôt abrite depuis 1874, date de son inauguration, une statue équestre de Jeanne d’Arc réalisée par Emmanuel Frémiet (1824-1910) et classée monument historique en 1992. Frémiet est le neveu du célèbre sculpteur Francois Rude (dont une statue de Jeanne d’Arc est au Louvre) et le beau-père de Gabriel Fauré.

Cette place a été retenue car l’héroïne a été blessée non loin de là en essayant de repousser l’assaillant anglais en 1429. Par ailleurs le choix de Jeanne d’Arc n’est pas anodin en cette période post guerre de 1870. Le gouvernement de la nouvelle république essaie par bien des moyens de redonner force courage et espérance aux Français dépités pas la défaite face à l’ennemi prussien. Cette époque est d’ailleurs celle où de nombreuses statues à la gloire du pays ont été érigées un peu partout en France. Mais celle de la place de la Pyramides est la seule commande publique, les autres étant financées par des mécènes, des souscriptions et fonds privés. Pratique reprise aussi dans les colonies d’alors après la Première guerre mondiale. Ainsi des statues qui représentaient  Jeanne d’Arc ont été installées à Oran (1934) et à Alger (1939). Elles ont été rapatriées après l’indépendance à Caen et à Vaucouleurs, la ville qui a vu partir l’héroïne accompagnée d’une petite escorte afin de rencontrer le roi à Chinon…

Dès l’installation de la statue de Frémiet des critiques fusent sur le cheval (un percheron et non un destrier!) et la statue (trop frêle). Frémiet déjà au faîte de son art va profiter des travaux d’installation du métro rue de Rivoli en 1899 pour y remédier. La statue doit être enlevée afin qu’elle ne souffre pas des travaux, Frémiet la fait alors transporter dans son atelier et à ses frais. Il réalise une nouvelle statue qui sera réinstallée plus tard entièrement couverte de dorure, la précédente n’était pas dorée. Le succès de cette oeuvre est tel, chacun s’étant habitué à l’exemplaire parisien et le culte de Jeanne d’Arc (en cours de béatification intervenue en 1909) grandissait tellement que des répliques sont installées un peu partout en France (Nancy, Lille, Saint-Etienne, Castres, Mirecourt, Compiègne…)  mais aussi à l’étranger, en Australie (Melbourne) et aux Etats Unis (Portland, La Nouvelle Orléans ou Philadelphie).

Les avis divergent encore sur le modèle de jeune fille choisi par le sculpteur. Est-ce la femme d’un peintre australien connu, une Lorraine née à Domrémy, ou bien les propres filles de l’artiste ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *