Le Marais ne mérite aucune étiquette

Vouloir mettre une étiquette au quartier du Marais est une hérésie. Tous ceux qui ont analysé un tant soit peu son histoire considèrent effectivement qu’il n’y a pas lieu de le faire. Les faits sont têtus et il n’appartient à personne en effet de modifier le cours de l’évolution naturelle, ni même de vouloir prétendre le faire… Pourtant dit la rumeur, c’est ce que promettrait ici et là tel ou tel élu. Caractériser le quartier de gay, de LGBT, de juif ou de bobo n’a aucun sens, même en période électorale.

Nous avons déjà eu, sans concertation aucune des habitants, des plaques de rues et des passages pour piétons qui, sous l’impulsion de l’équipe municipale actuelle, ont été bariolés afin de marquer les « frontières » soi-disant spécifiques du quartier. Le temps étant passé par là, ces décorations carnavalesques, en complète dichotomie avec un secteur protégé, sont devenues sales et enlaidissent plutôt qu’elles ne signalent une quelconque particularité…

Un certain temps, l’idée qui avait traversé des esprits imaginatifs était de mettre des sortes de barrières ou toute une signalétique bien visible pour marquer les entrées dans le quartier rappelant sa soi-disant spécificité. Imaginons des pancartes « quartier gay, juif ou LGBT de Paris » ? Le but est en réalité davantage mercantile que fondé sur un besoin de différenciation… Aussi vouloir à tout prix « ghettoïser » tout un secteur du centre de Paris, ressort au minimum d’une vision utopiste…Il est d’ailleurs assez symptomatique de marteler d’un côté la mixité sociale et de vouloir de l’autre côté promouvoir une image d’altérité qui fait perdre justement toute la richesse issue de la diversité.

Edgar Morin qui habitait rue des Blancs Manteaux rappelait que le quartier, qui n’était pas encore appelé le Marais, présentait à quelques pas des Halles d’alors, l’intérêt d’être populaire et cosmopolite à la fois. D’autres sociologies, comme Isabelle Backouche de l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) explique l’évolution sociétale du Marais sur 80 ans dans son libre Le Marais, 1900-1980 : de l’ilot insalubre au secteur sauvegardé (Créaphis-Lieux habités 2016) et son « changement permanent… » Aussi est-il particulièrement présomptueux d’affirmer ainsi vouloir mettre le Marais à l’écart des autres quartiers du centre de Paris (ce qui correspond à la définition même de ghettoïser). Une idée aussi stupide que celle qui consisterait à créer un quartier des chiffonniers, des dinandiers, des orfèvres, des lingères ou des couteliers comme ils existaient au Moyen-Age.et qui ont souvent fini par être contraints de s’installer en périphérie de la ville. Est-ce cela que nous voudrions, alors que notre société prône tout le contraire ?

Il faut en finir avec ces lubies, ces vieilles lunes qui n’ont cours que dans les esprits chagrins attirés par le buzz, le clientélisme et le profit.

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