L’ébéniste-sculpteur du passage Bourg-l’Abbé

Considéré comme le dernier ébéniste du centre de Paris Ivan Lulli a installé son atelier voilà plusieurs décennies non loin du quartier des Halles et à quelques pas de la rue Tiquetonne dans le passage Bourg-l’Abbé au N° 18 qui prolonge celui du Grand Cerf côté boulevard de Sébastopol. Tous ceux qui aiment le bois sont impressionnés par les diverses essences à disposition de notre ébéniste qu’il utilisera tôt ou tard sur son établi avec des outils les plus variés et des gabarits qu’il a lui-même dessinés.

Formé à l’école Boule, la référence en ce domaine, Ivan Lulli qui a grandi dans la quartier, son atelier est celui de son père d’origine qui y a exercé dès 1965 ses talents de décorateur. Désignant ce lieu comme son antre, Ivan Lulli travaille la matière, établit des devis et des factures, réalise des sculptures ou tout simplement dessine à l’ombre d’un gramophone. Certaines pièces de l’atelier attirent l’œil tel ce tour à bois encore en fonctionnement datant de la période Napoléon III.

D’une certaine façon, ce curieux endroit attire l’œil. Nombreux sont ceux qui s’arrêtent devant les vitrines, interloqués de trouver ce témoin du Paris d’autrefois et demandent à le visiter ! En décembre 2017 notre ébéniste fut ainsi le héros de l’émission « Paname » de France 3.

Ivan Lulli travaille essentiellement pour des particuliers et des architectes, restaure et réalise des meubles sur mesure dont les carcasses de sièges pendent au plafond. Il agence aussi des appartements. Il lui souligne qu’il lui appartient de « choisir les bois qui conviennent selon leur couleur, leur texture, leur solidité… » et insiste « …c’est un métier qui demande créativité, minutie et patience ». Entre artisan et artiste il n’existe ici aucune frontière, l’important est que la production soit appréciée des clients.

La question d’assurer le devenir de l’atelier est prégnante. « Préserver » est le maître mot. Faire classer l’atelier, avoir un successeur qui fera le même métier ou bien sera luthier voilà qui rassure l’occupant actuel…qui souhaite exercer son art le plus longtemps possible.

Rappelons que le passage Bourg-l’Abbé a été construit en 1828 par Auguste Lusson en même temps qu’un passage parallèle, le passage de Saucède. Ce dernier a été rasé lors du percement en 1854 de la rue de Turbigo. Le percement de la rue Palestro qui le longe désormais et l’aménagement du boulevard Sébastopol causèrent l’amputation d’une partie du passage Bourg-L’Abbé qui fut aussi endommagé par un incendie …Très prisé en son temps celui-ci essaie de maintenir en son sein quelques commerces et activités. Il a été partiellement rafraîchi ces dernières années. Si les luminaires ne sont pas en harmonie avec l’environnement, le baromètre rond sous la verrière arrondie est intéressant comme l’est le portail construit par Blondel avec ses deux cariatides (le Commerce et l’Industrie ) sculptées par Aimé Millet l’auteur de la statue de Vercingétorix commandée par Napoléon III pour le site d’Alésia.

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