Plus de cyclistes, phénomène temporaire ou lame de fond?

En raison des grèves qui perdurent et de la désorganisation des transports en commun auxquelles s’ajoutent les embouteillage, de nombreux articles de presse, de nombreux reportages télévisés ou radio, des échanges sur les réseaux sociaux, fleurissent sur l’usage de plus en plus prégnant de la bicyclette à Paris et dans les villes.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, entre le 28 novembre et le 12 décembre la circulation cycliste a augmenté de 133 % à Paris (37 sites répertoriés). Nombreux sont ceux qui prédisent que 50% des nouveaux usagers ne feront pas machine arrière après les grèves. Le 18 décembre, Vélib’, malgré un taux d’indisponible de ses vélos, a noté 175 000 courses, une pointe jamais atteinte, montrant malheureusement qu’une gestion en période exceptionnelle n’avait en revanche pas été anticipée… 

La question souvent posée est celle de savoir si «  cet engouement peut perdurer ? ». Entre le « sacre de la petite reine », « les vélos s’imposent dans les villes» « vélo, boulot, dodo » « les nouveaux usagers du vélo », les analogies avec la célèbre chanson interprétée par Yves Montand, le film de Jacques Tati ou les exploits des coureurs du Tour de France voire les comparaisons avec des villes telles qu’Amsterdam ou Copenhague, tout est bon pour mettre en lumière et en valeur la redécouverte du vélo. Mais s’agit-il « d’une vague de fond » ou « d’ un cycle passager » voire « d’une façon de retrouver sa liberté » ?  Du côté des de ceux qui fabriquent et louent des trottinettes cette évolution est une aubaine  car leurs engins eux aussi connaissent un boom des utilisateurs. Le nombre de 55 000 courses par jour contre 15 000 est souvent cité.  

Les candidats aux élections municipales se sont emparés de ce dossier et avancent des idées qui confinent parfais à la surenchère. Si le non-respect par l’équipe municipale en place de son plan vélo 2015-2020 n’a pas été respecté (seulement 50% des voies cyclables prévues ont été réalisées), plusieurs candidats prônent « une Ile de France 100% cyclable« , la suppression des places de stationnement lorsque d’autres réclament « un plan Marshall des mobilités douces », un « code de la rue », « un schéma de mobilité » et la remise en cause du contrat Vélib’ avec Smovengo qui n’a pas été respecté.  D’autres prétendants à la mairie de Paris ont une vision différente, pour eux les voies cyclables sont source d’embouteillages et de pollution. Ils ajoutent qu’il est « indécent » de donner une telle place au vélo.      

N’oublions pas néanmoins trop vite les incivilités des cyclistes dénoncées dans une tribune par l’écrivain Benoît Duteurtre dans Le Figaro du 23 décembre qui regrette que  le          « cycliste n’admette aucune loi et passe où il veut » ajoutant qu’il n’est pas de bon ton qu’il soit présenté comme « incarnant le bien, allant sauver la planète ».  Il oppose au développement des pistes cyclables la réduction des espaces piétons déjà limités par les potelets, les travaux permanents, l’emprise des stations Vélib’ et met en exergue « les enfers » que sont devenues les rues de Rivoli et boulevard Saint-Germain. Il s’offusque enfin sur les références faites aux pays scandinaves qui ne tiennent pas dans un pays latin tel que le nôtre et face à une ville aussi dense que Paris. Selon ce dernier « la bicyclette ne doit pas avoir priorité sur tout »  et avoir « divisé le rue en multiples voies réservées » ce qui nous éloigne « du radieux partage de l’espace public ».  Le sujet des accidents ne doit pas être éludé car ils sont plus fréquents, une poussée de 30 à 40 % depuis le début des grèves a été constatée, elle pose la question de la prévention à mettre en œuvre…

Nous aurions sans doute tort d’aller trop vite en besogne pour développer à la hussarde et plus encore l’usage des deux roues électriques pénalisant davantage les voitures et leurs conducteurs. Dans ce genre de situation, tout entre en ligne de compte, l’évolution de la société, la modification des habitudes et la protection de la planète en limitant les émissions de CO2. Il importe surtout de ne pas rejeter de façon trop radicale et trop rapide le passé sans avoir analyser au préalable toutes les conséquences. La sagesse doit l’emporter sur la précipitation. Le tout deux roues n’est donc pas la solution, mais une solution parmi toutes celles qui  s’offrent à nous en matière de lutte contre la réchauffement climatique.

 

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