Scènes ordinaires des conducteurs de vélos et trottinettes sur le quai St-Bernard

Un Parisien adhérent de Marais-Louvre décrit une promenade sur les quais à Paris qui reflète hélas le quotidien des habitants. Édifiant!

« Le quai St-Bernard, en bordure de Seine, entre les ponts de Sully et d’Austerlitz, est aménagé en jardin public. Son abondante végétation et la variété du terrain avec montées et descentes devraient en faire une promenade agréable et reposante, d’autant plus que la surface relative de Paris consacrée aux parcs et jardins est l’une des plus faibles d’Europe.

La réalité est malheureusement tout autre, du fait de sa forte fréquentation par les vélos et maintenant les trottinettes. L’accès au quai par le Pont Sully est même particulièrement dangereux car le trottoir, déjà étroit à cet endroit et rétréci par la présence d’un abribus, est presque entièrement consacré à une piste cyclable. Une forte proportion de cyclistes y conduisent sans aucun égard pour les piétons qui ne peuvent que se garer. Sur le quai lui-même, aucun espace n’est délimité pour les deux-roues. Le résultat est que vélos et trottinettes circulent n’importe où. Beaucoup zigzaguent à des vitesses excessives parmi les piétons en les rasant de près, un comportement provocateur et incivil déjà bien connu sur les trottoirs. Ils sont de ce fait difficilement prévisibles et dangereux quand ils arrivent (silencieusement) par derrière. Les vitesses excessives (20 km/h ou plus) sur le quai sont systématiques. Ces engins lancés étant peu manoeuvrants, le mode de conduite qui consiste à raser les piétons fait que le moindre écart de ceux-ci ou le simple geste d’un bras rend la collision inévitable. Dans ce cas la blessure (ou chute, ou fracture…) est surtout pour le piéton, dépourvu de protection. Et il faut être bien naïf pour penser que le coupable s’arrêtera, car l’absence d’immatriculation est un encouragement à l’irresponsabilité et à la fuite.

Nous avons vu le 8 avril vers 18h (heure de forte fréquentation car il faisait beau) un vélo électrique puissant rouler à plus de 35 km/h en zigzags tout en rasant les piétons. Le conducteur, masqué et cagoulé de noir (!) cherchait à rouler le plus vite possible et ne se serait certainement pas arrêté en cas de choc Il en résulte que les piétons ressentent une forte impression d’insécurité, un comble dans un jardin public. Ils doivent être attentifs en permanence, éviter tout changement brusque de direction ou geste du bras inattendu pour ne pas surprendre vélos et trottinettes lancées. Il s’agit d’une véritable inversion des droits et devoirs. Il n’y a plus d’agrément de promenade. Les personnes les plus exposées sont les enfants et les personnes âgées. Des policiers en voiture, à qui nous décrivions le problème en remontant du quai, nous ont répondu que leur usage y était totalement libre et qu’ils ne pouvaient rien faire.

Ces comportements incivils résultent de la conjonction de deux causes : d’abord le choix idéologique de la mairie en faveur de ces moyens de transports qualifiés par euphémisme de « mobilités douces » (douces par rapport à l’écologie, pas par rapport aux chocs). Ce choix, assorti de l’absence de tout contrôle ou sanction a conduit à une généralisation des comportements incivils et anarchiques. La deuxième cause est un phénomène de société : la généralisation d’un type de comportement individualiste, égoïste et même cynique de plus en plus visible: l’absence, ou au moins la présence très insuffisante, de la police en ville encourage ces comportement transgressifs.

Les vélos en libre service existent depuis des années à Paris. Leur charte de bonne conduite est toujours restée lettre morte en l’absence délibérée de contrôles et sanctions (toujours pour des raisons idéologiques). L’introduction des trottinettes remonte à un an environ. Leur nombre et celui des opérateurs a explosé ces dernières semaines. Les comportements anarchiques de leurs utilisateurs aussi. Il semble bien qu’il y ait eu une omerta sur les accidents causés, parfois très graves, mais leur nombre est maintenant tel que cela finit par se savoir et la Mairie ne peut plus se contenter de parler d’écologie. C’est seulement maintenant qu’elle se préoccupe d’évoquer contrôles et sanctions, alors qu’elle aurait dû le faire depuis des années. Il est vrai que les élections municipales approchent, ce qui sensibilise davantage les responsables aux problèmes concrets comme celui évoqué ici ou celui de la saleté omniprésente dans Paris …). On a parlé ces derniers jours d’une amende de 135 € pour l’utilisation des trottinettes ailleurs que sur les pistes cyclables. En l’absence de contrôles efficaces, cela restera sans effet. Sans surprise, nous n’avons constaté pour l’instant aucun changement vers un comportement plus responsable des trottinettes et vélos.

Ce qui m’a conduit à écrire ce texte est la frustration et l’exaspération ressentie le 8 avril après une promenade vers et sur le quai St-Bernard. À l’aller, un gros scooter-tricycle nous a délibérément coupé le chemin et dangereusement frôlés en se garant sur le trottoir (pourtant très large et quasi-désert) du pont de la Tournelle. Son conducteur à qui j’en ai fait la remarque a répondu d’un air narquois qu’il l’avait fait exprès. Cet incident, joint à ce que nous avons vu sur le quai, a transformé une promenade qui aurait pu être agréable en une source de contrariété et de frustration. Ce n’est qu’un exemple de ce qui arrive souvent à Paris. »

Claude Mercier

1 commentaire

  1. La Vie à Paris devient harassante ! On rêve de scaphandre-culbuto protégeant des coups et des chutes… Mais est-ce bien raisonnable ? On vit dans une tension permanente en craignant toutes formes d’agression, dans le bruit et la fureur, les hurlements des sirènes de police jour et nuit et pas un policier en vue… Lueur d’espoir cependant : j’ai vu à plusieurs reprises des agents de police municipale arrêter des vélos et trottinettes roulant à contre-sens et/ou sur les trottoirs, mais je ne les ai pas vu verbaliser, contrairement à ce que proclame la municipalité, affichant de grandes résolutions : en accepterons-nous l’augure, alors que les municipales sont encore assez loin…
    Monique B-F

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