Le premier bouleversement est intervenu en juin 2026. Après avoir exploité le BHV depuis 2023, la Société des grands magasins (SGM) de Frédéric Merlin a cédé, après l’épisode Shein tant décrié,  le fonds de commerce du BHV Marais à l’équipe dirigeante du magasin c’est-à-dire au directeur général accompagné de plusieurs cadres de l’entreprise (la transaction concerne le magasin parisien ainsi que BHV Parly2 et la marque commerciale concernée). La marque BHV au sens plus large reste détenue par la SGM.  La nouvelle équipe entend ainsi tourner la page et revenir à un positionnement plus traditionnel du BHV (la maison, la décoration, l’équipement et le bricolage).

Le problème principal reste la situation financière à tel point difficile que le 23 juillet, l’inspection du travail a signalé à la justice une possible cessation de paiements de la nouvelle société exploitant le BHV que conteste  la direction du magasin confirmant que 80 % de la dette a été restructurée au cours des semaines précédentes.

Cette controverse intervient après plusieurs mois marqués par des retards de paiement envers des fournisseurs. Certains d’entre eux avaient publiquement fait état d’importants impayés, ce qui avait contribué à fragiliser l’offre commerciale du magasin et à accélérer le départ de certaines marques. Aussi le BHV doit-il à la fois retrouver des clients et des chiffres d’affaires suffisants, tout en rétablissant la confiance de ses fournisseurs et partenaires financiers ? Une équation difficile sachant que le magasin présente de nombreux espaces vacants et une offre commerciale amoindrie.

Le nouveau dirigeant a présenté fin juillet les grandes lignes d’un plan de relance sur trois ans. Ramener le BHV à la rentabilité en 2028 et atteindre à terme un chiffre d’affaires compris entre 165 et 170 millions d’euros. Le projet repose principalement sur un recentrage sur l’équipement de la maison et sur le retour de nombreuses marques. Le bricolage doit également conserver une place importante dans le magasin. L’idée est de retrouver ce qui faisait historiquement la singularité du BHV : un grand magasin davantage tourné vers l’univers domestique que vers le luxe ou la mode pure. Cette relance s’accompagne d’une transformation physique du BHV.

Depuis mai 2026, le magasin est engagé dans une nouvelle phase de travaux.  À l’automne, le sous-sol doit notamment accueillir un nouveau concept baptisé « le grand marché du Marais », sur environ 1 100 m², avec des commerces alimentaires (boucherie, boulangerie, poissonnerie, caviste et primeur). Le rez-de-chaussée doit également évoluer avec l’arrivée de nouvelles enseignes.

Cette stratégie traduit une volonté de faire du BHV davantage qu’un simple magasin : un lieu de proximité et de destination, capable d’attirer à la fois les Parisiens, les habitants du quartier et les touristes.

À cette crise commerciale s’ajoute une question immobilière majeure.  Les murs du BHV ont été cédés en janvier 2026 par les Galeries Lafayette au fonds canadien Brookfield, pour un montant estimé à environ300 millions d’euros. La société qui exploite le magasin et celle qui possède désormais l’immeuble sont donc distinctes. Or les relations entre le nouvel exploitant et son bailleur sont tendues. Le modèle immobilier envisagé autour du bâtiment prévoit notamment une réduction des surfaces commerciales et la possibilité de consacrer certaines parties de l’immeuble à d’autres usages, dont l’hôtellerie Pour le BHV, l’enjeu est considérable : il ne s’agit plus seulement de sauver un commerce, mais de préserver une activité commerciale suffisamment importante dans un bâtiment dont la stratégie immobilière peut évoluer.

Il serait donc prématuré pour le moment d’annoncer la disparition du BHV Marais. Le magasin est toujours ouvert avec un projet de relance précis. Mais la situation reste particulièrement fragile car il va falloir désormais réussir plusieurs paris simultanément : faire revenir les marques, restaurer la confiance des fournisseurs, retrouver une fréquentation suffisante, réussir la transformation commerciale et négocier avce le bailleur. L’automne 2026sera donc déterminant.