Un peu d’histoire avec un ouvrage intitulé « Destruction de Paris »

Début 1944, Georges Pillement publiait chez Grasset un livre très intéressant qui a fait date intitulé « Destruction de Paris » (*). Il a fait l’objet de nombreuses rééditions. Le but était de montrer comment des quartiers historiques de Paris ont été défigurés ou détruits par les transformations urbaines des XVIIIᵉ, XIXᵉ et XXᵉ siècles (un chapitre important est ainsi consacré à la destruction de la Chancellerie d’Orleans).

Lorsqu’on l’on parcourt cet ouvrage, un des chapitres est consacré au quartier Saint-Paul avec pour titre « La province au quartier Saint-Paul« . L’auteur souligne que ce secteur de Paris conservait autrefois un caractère presque provincial : rues étroites, maisons anciennes, cours intérieures, ateliers d’artisans et vie de voisinage rappelant davantage une petite ville qu’une capitale moderne. Il y décrit l’histoire du quartier développé autour de l’ancien hôtel Saint-Paul, résidence royale des XIVᵉ et XVᵉ siècles. Malgré les siècles, le quartier avait alors conservé une grande partie de son tissu urbain médiéval et Renaissance.

Georges Pillement dénonce ensuite les opérations de rénovation et de percées urbaines qui ont entraîné la disparition de nombreuses maisons anciennes et modifié profondément l’atmosphère du quartier. Selon lui, les autorités ont souvent privilégié des critères de circulation, d’hygiène ou de rentabilité au détriment du patrimoine architectural et de l’identité historique des lieux.

Il conclut ce chapitre en se focalisant sur la rue Saint-Antoine selon les termes suivants qui restent pour partie d’actualité:

« La rue Saint-Antoine, grâce à Dieu et au hasard qui fait bien les choses lorsque les hommes ne viennent pas le contrarier, n’est pas droite, elle dessine plusieurs courbes qui permettent mieux d’en saisir tout le charme. On peut sans anachronisme évoquer en la voyant le Paris de la Ligue et de la Fronde aussi bien que celui de 1830 et de 1848 ou celui de la Commune. Elle est toujours vivante, active, industrieuse, avec ses boutiques pressées les unes contre les autres, ses marchandes de quatre saisons, sa foule de ménagères, d’artisans et d’ouvriers.

La rue Saint-Antoine est la synthèse du Paris transformé et modifié par les siècles sans fausse note, sans intervention d’une municipalité  privée de goût et de ses traditions, sans intervention des capitalistes sans pudeur. Par on ne sait quel miracle, elle n’a pas eu son Bazar de l’Hôtel de Ville, ni sa Samaritaine, ni même son Prisunic. Combien de temps cela durera t-il encore ? Espérons que la vieille voie traditionnelle dans sa forme et révolutionnaire dans son aspect résistera longtemps. » 

Plus de 80 ans aprés sa publication cet extrait du livre montre combien dans les quartiers les problématiques relatives au changement perdurent.  

 

(*) Ouvrage en vente sur les sites spécialisés de livres  

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *