L’encadrement des loyers à Paris ne peut résoudre à lui seul la crise du logement

À Paris, se loger est devenu un enjeu économique et social majeur. La capitale concentre en effet des emplois, des universités, des services et des activités culturelles qui entraînent une forte pression sur le nombre limité de logements disponibles à la location alors que la demande demeure très importante. Cette situation contribue à maintenir des loyers élevés.

C’est dans ce contexte dès le 1er juillet 2019 qu’a été mis en place l’encadrement des loyers à Paris, une des villes pionnières en la matière. Les loyers de référence sont calculés notamment selon la localisation, le nombre de pièces, l’époque de construction et le caractère meublé ou non du logement. Après plusieurs années d’application, il faut se demander si limiter les prix pour protéger les locataires, ne décourage les propriétaires. La mesure décidée au dernier conseil de Paris d’accroître la taxe sur les logements vacants constitue déjà en elle même un commencement de réponse !

L’argument premier en faveur de l’encadrement est évidemment social. Le problème est particulièrement important à Paris. Selon une étude publiée par l’Insee en mai 2026, un ménage locataire du parc privé sur deux consacre plus de 34 % (40% pour les personnes seules ou monoparentales) de ses revenus à son loyer, hors aides au logement. Aussi pour un ménage qui parvient à obtenir un logement à un loyer inférieur à celui qu’aurait permis un marché totalement libre, l’économie peut être significative sur plusieurs années. Mais derrière cette mesure il y a aussi le souci quasi doctrinal de la municipalité de préserver la fameuse « mixité sociale » afin d’éviter que les catégories populaires et une partie des classes moyennes (étudiants, des familles, des employés, des professions intermédiaires…) soient repoussées vers la périphérie.

L’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), estime (étude publiée en avril 2026) qu’après six années de mise en œuvre, l’encadrement a modéré la hausse des loyers d’environ 5 % par rapport à ce qui se serait produit en l’absence du dispositif. L’étude conclut également qu’aucune dégradation durable de l’offre locative ne peut être attribuée au dispositif.

Mais limiter les loyers ne crée pas forcément de logements supplémentaires, c’est la principale limite du dispositif car un prix plafonné ne génère pas automatiquement une offre supplémentaire. Et lorsqu’un grand nombre de candidats s’intéressent au même appartement, le propriétaire peut sélectionner son locataire.  Autrement dit, l’encadrement peut agir sur le prix, mais beaucoup moins directement sur la rareté.

Si l’on veut résoudre durablement la crise du logement à Paris, il faut également agir sur l’offre : construire davantage, réhabiliter certains bâtiments, transformer des bureaux en logements lorsque cela est possible, développer le logement social et intermédiaire à un coût raisonnable sans s’ingénier à cibler les quartiers les plus chers qui au final restreignent l’offre globale.

Il ne faut pas non plus cacher le fait que la réglementation empêchant le propriétaire de fixer librement son loyer, la rentabilité de l’investissement diminue et réduit l’offre locative contribuant à augmenter la pression sur les logements disponibles. Toutefois pour le moment, si ce risque existe, il semblerait selon l »étude de l’Apur publiée en 2026 qu’aucune dégradation durable de l’offre n’est imputable au dispositif. Autre conséquence de la réglementation, certains propriétaires peuvent être moins enclins à engager les dépenses d’entretien nécessaires (rénovation énergétique, changement des fenêtres, réfection de la toiture, travaux dans les parties communes, remise aux normes, amélioration du chauffage, etc…). Il n’est donc pas évident que le locataire soit protégé sans décourager l’investissement et la rénovation. Mais ne nous leurrons pas, la réglementation n’est pas totalement respectée étant de surcroit rendue compliquée par le « complément » possible de loyer lié aux caractéristiques spécifiques du logement. L’Insee indique qu’à Paris, parmi les locataires ayant emménagé ou renouvelé leur bail, un sur cinq paie un loyer supérieur au plafond défini par l’encadrement, surtout lorsqu’il s’agit de petites surfaces. Faute de contrôles en nombre suffisant, la réglementation est moins efficace au-delà de certains « redressements » faisant la une de la presse.

Au final on peut affirmer que la limitation des loyers à Paris, faute de simplicité et de contrôles suffisants, ne supprime pas la pénurie. Tout juste apparait elle comme un garde-fou permettant de redistribuer et de réguler avec un risque élevé de voir réduites les incitations à investir dans le logement. La majoration de la taxe sur les logements vacants décidée récemment par le conseil de Paris risque d’aggraver la situation dont un autre responsable reste la location saisonnière…

 

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