Reconstruire le Marché des Enfants Rouges tout en le modernisant

Le Marché des Enfants rouges qui vient d’être détruit par un violent incendie est emblématique des ces lieux intemporels qui font Paris. Les médias l’ont rappelé, il est le plus ancien marché couvert de Paris, fondé en 1615, encore en activité et d’une surface de 1 000 m2. Inscrit au titre des monuments historiques depuis 1982, « il incarne une part précieuse de l’histoire parisienne, un patrimoine vivant… » Il faut féliciter l’action remarquable des pompiers qui ont réussi à circonscrire le sinistre sans qu’il s’étende aux bâtiments qui l’entouraient.

Face aux exigences de notre époque, une ambition doit guider toute réflexion sur l’avenir du marché. Il faut le reconstruire rapidement à l’identique, tout en le dotant des équipements, des protections et des normes les plus modernes. Il ne s’agit pas d’opposer le patrimoine au progrès, mais de faire en sorte que l’un renforce l’autre.

Le Marché des Enfants rouges possède en effet une âme, une architecture et une atmosphère qui participent pleinement au charme du 3ᵉ arrondissement. Lorsqu’il avait été question de le transformer en HLM, crèche, parking et autres… nombreux furent ceux qui se sont élevés contre un tel projet. Aussi, fort de cet épisode, son caractère singulier doit absolument être préservé. Une reconstruction à l’identique permettrait de conserver son identité visuelle, ses volumes, son esprit de halle traditionnelle et son intégration dans le tissu historique du Marais.

Mais cette fidélité architecturale ne signifie cependant pas qu’il faille reproduire les éventuelles faiblesses techniques du passé. Bien au contraire, il est sans aucun doute possible de concevoir un équipement entièrement repensé sur le plan technique, plus fonctionnel, plus résistant et mieux adapté aux usages contemporains.

Les matériaux, les installations, les réseaux, les systèmes de ventilation et les équipements techniques devraient être sélectionnés selon les exigences actuelles, dans le respect des prescriptions patrimoniales applicables. L’objectif serait simple : retrouver le marché que les Parisiens connaissent et aiment, tout en lui donnant les moyens de fonctionner durablement pour les décennies à venir.

La reconstruction, n’en doutons pas, devra être préparée avec méthode et conduite sans délais inutiles. Un calendrier précis, des responsabilités clairement définies et un suivi public régulier permettraient de limiter la durée du chantier et ses conséquences sur la vie du quartier.

La première étape consistera très certainement à réaliser les diagnostics structurels, sanitaires, techniques et patrimoniaux nécessaires, puis à définir un projet associant architectes du patrimoine, ingénieurs, services de sécurité, commerçants et aussi ce qui est important des représentants des habitants.

Les études, les autorisations et les consultations indispensables devraient être anticipées afin de réduire les délais évitables, sans jamais sacrifier la qualité ni la sécurité. Le chantier devrait ensuite bénéficier d’une organisation rigoureuse, avec des étapes clairement identifiées et une communication régulière sur son avancement. A l’image de ce qui s’est fait pour la restauration de Notre-Dame

La continuité de l’activité commerciale devra également être étudiée avec les commerçants concernés, notamment par la recherche de solutions temporaires lorsque cela est possible. Lors de sa dernière restauration les commerçants avaient été installés rue de Bretagne le long des grilles du Square du Temple

Rebâtir le marché est l’occasion de reprendre l’ensemble des dispositifs techniques et d’intégrer les exigences réglementaires applicables, notamment en matière de sécurité incendie, d’évacuation, d’installations électriques, de ventilation, de stabilité des structures, d’accessibilité et d’hygiène. C’est-à-dire des cheminements dégagés, des sorties adaptées, une signalétique lisible, des équipements de sécurité bien entretenus et des installations conçues pour prévenir les risques. Celles destinées aux activités alimentaires devront être conçues pour réduire les risques : réseaux électriques protégés, équipements adaptés, ventilation efficace, surfaces résistant à l’humidité et faciles à entretenir. L’accessibilité des personnes à mobilité réduite devra être intégrée au projet. Des contrôles périodiques, une maintenance planifiée, la formation des personnes concernées et des procédures claires en cas d’incident doivent s’inscrire dans le fonctionnement quotidien du marché.

Un marché alimentaire ne peut être véritablement accueillant que s’il est propre.  La propreté en effet ne saurait être considérée comme une simple opération de nettoyage en fin de journée. Elle doit être pensée dès la conception du bâtiment et intégrée à son organisation quotidienne rendant les commerces plus attractifs et les restaurants plus tentants. Les sols, les installations d’eau, les évacuations, les dispositifs de lavage et les équipements de stockage des déchets correctement ventilés et éloignés des denrées alimentaires devront être dimensionnés selon les besoins réels des commerçants, la configuration du lieu et sa forte fréquentation. En résumé la propreté doit être visible. Une charte de propreté applicable à l’ensemble du marché avec indicateurs de suivi pourrait être proposée. Elle définirait les responsabilités de l’exploitant, des prestataires et des commerçants en lien avec des contrôles documentés et des corrections rapides en cas de manquement. Bien entendu une meilleure maîtrise des consommations d’énergie et d’eau,de techniques de lutte contre les fortes chaleurs, un éclairage performant et des équipements durables devront aussi concourir à cette modernisation du marché.

Le Marché des Enfants rouges mérite une ambition à la mesure de son histoire. Sa reconstruction à l’identique doit être exemplaire, envisagée comme une occasion de préserver le patrimoine parisien tout en créant un équipement plus sûr, plus moderne, plus accessible et exemplaire y compris en matière d’hygiène. Un tel projet ne pourra réussir sans une concertation sérieuse avec toutes les parties concernées. La transparence sera essentielle à l’instar du comité des riverains institué par le Centre Pompidou durant ses travaux de rénovation.

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