Au milieu de l’animation commerciale de la rue Montorgueil, le passage de la Reine-de-Hongrie se fait discret. Son entrée, située au N°17 conduit à une voie étroite qui rejoint le 16, rue Montmartre. Long d’environ 45 mètres et large de seulement 1,60 mètre. Ce passage appartient à ces lieux minuscules qui échappent souvent au regard des passants pressés.
Créé vers 1700, il témoigne du Paris des Halles très animé antérieur aux grandes transformations urbaines du XIXe siècle. Contrairement aux grands passages couverts parisiens, conçus pour le commerce et la promenade, celui-ci est avant tout une petite voie de circulation entre deux rues animées. Son intérêt tient autant à sa configuration qu’à l’histoire étonnante qui lui a conféré son nom et qui nous ramène aux dernières décennies de l’Ancien Régime. Selon la tradition historique rapportée notamment par l’historien des rues de Paris Jacques Hillairet, le passage aurait été habité par une marchande des Halles nommée Julie Bêcheur, également appelée Rose de Mai.
La jeune femme aurait participé à une délégation de femmes des Halles venue présenter des doléances à Marie-Antoinette. Au cours de cette rencontre à Versailles, la reine aurait remarqué sa ressemblance étonnante avec sa propre mère, Marie-Thérèse d’Autriche, souveraine des territoires de Hongrie et de Bohême. L’anecdote aurait fait le tour du quartier. Par plaisanterie, les compagnons de Julie lui auraient alors attribué le surnom de « Reine de Hongrie ». Un sobriquet qui se serait imposé au point de s’attacher au lieu où elle résidait.
Cette histoire rapportée à plusieurs reprises doit cependant être présentée comme une tradition plutôt que comme un récit dont chaque détail serait établi avec certitude. D’ailleurs certains historiens supposent que « ce passage doit son nom à la présence d’un dépôt de la reine de Hongrie, eau très utilisée au XVIIe et XVIIIe siècles qui était de l’alcoolat de romarin » (1)
L’histoire du passage ne s’arrête pas à son origine pittoresque. La Révolution française bouleverse profondément les symboles et les noms de la capitale. Le passage de la Reine-de-Hongrie n’échappe pas à cette transformation, il prend le nom de passage de l’Égalité en 1792, avant de retrouver sa dénomination ancienne en 1806. Il se dit aussi que Julie Bêcheur aurait été guillotinée en raison de ses sympathies royalistes. Est-ce vrai ? Aucune documentation sérieuse l’atteste. Devenu propriété nationale, le passage fut vendu en 1797, avec une condition mentionnée dans les notices historiques. Il devait rester ouvert au public et être entretenu par son acquéreur.
Dans ce quartier si vivant, le passage de la Reine-de-Hongrie constitue une invitation à regarder autrement la capitale.
(1) Phrase reprise sur notice de la la plaque Histoire de Paris apposée à l’entrée du passage rue Montorgueil et rédigée par Claude Cabanis auteur de « L’eau de la reine de Hongrie et la voie parisienne du même nom ». Revue d’histoire de la pharmacie, 1965
Sources : Wikipédia, R. Queneau : Connaissez-vous Paris ?
