Après Londres, une nouvelle bataille se prépare dans les grandes capitales européennes. Uber vient de mettre en circulation ses premiers robot-taxis dans les rues londoniennes. Une étape symbolique qui pourrait ouvrir la voie à une arrivée de ces véhicules autonomes à Paris. Depuis le 3 septembre, des clients d’Uber à Londres peuvent en effet être pris en charge par un véhicule capable de conduire de manière autonome grâce à la technologie de la start-up britannique Wayve (une entreprise britannique spécialisée dans l’intelligence artificielle appliquée à la conduite autonome). Pour l’instant, l’expérience reste prudente : une quinzaine de Ford Mustang Mach-E circulent dans la capitale britannique et un conducteur de sécurité reste installé au volant. Mais le symbole est considérable. Londres devient l’une des premières grandes capitales européennes à expérimenter concrètement le robot-taxi à grande échelle commerciale.
Pour Uber, Paris très certainement constitue naturellement une cible particulièrement intéressante. La capitale française possède un marché important de VTC, une forte densité urbaine et des millions de déplacements quotidiens. Un tel service pourrait donc trouver rapidement son public. Seulement rien ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’Uber s’apprête à lancer officiellement ses robot-taxis dans les rues parisiennes. Le groupe a en revanche clairement affiché son ambition internationale. Uber prévoit de déployer des trajets autonomes dans de nombreuses villes (pour l’Europe Madrid et Zurich sont retenues par Uber) et multiplie les partenariats avec des spécialistes de la conduite autonome. Le modèle londonien pourrait ainsi servir de laboratoire pour d’autres métropoles européennes. La capitale britannique permet notamment de tester les véhicules autonomes dans un environnement particulièrement complexe : circulation dense, deux-roues, piétons, rues étroites et carrefours difficiles.
En France, l’encadrement réglementaire de la conduite autonome, la responsabilité en cas d’accident, l’assurance, la sécurité et la place des chauffeurs professionnels devront être clarifiés avant une véritable généralisation. Il n’empêche que le modèle Uber repose sur une stratégie a priori efficace. L’entreprise possède en effet déjà l’application, les utilisateurs, l’expérience du transport à la demande et l’infrastructure opérationnelle. Les entreprises partenaires apportent, elles, les véhicules et la technologie de conduite autonome. En somme, il s’agit davantage d’une plateforme de mobilité autonome qu’un constructeur automobile.
En revanche cette stratégie entre directement en concurrence avec la vision défendue par Elon Musk au travers de Tesla qui souhaite développer son propre écosystème de robot-taxis autour du Cybercab, un véhicule électrique conçu spécifiquement pour le transport autonome. La philosophie est donc différente : Tesla cherche à contrôler à la fois le véhicule, le logiciel et l’intelligence artificielle permettant de conduire.
Si ces deux modèles arrivent à maturité en Europe, Paris serait immanquablement un marché particulièrement stratégique.
On a peine toutefois à imaginer une course commandée depuis une application : au lieu de voir arriver un chauffeur, le passager découvre une voiture électrique qui s’arrête automatiquement devant lui. Il monte, indique sa destination et le véhicule prend la route sans personne derrière le volant. Un changement qui serait aussi considérable pour le secteur des VTC et des taxis avec un prix des courses qui pourrait potentiellement diminuer si l’opérateur n’a plus à rémunérer un conducteur.
Reste toutefois à convaincre les utilisateurs car les premiers essais londoniens montrent que l’Europe avance avec davantage de prudence que les États-Unis ou la Chine. À Londres, les véhicules Uber-Wayve circulent encore avec un conducteur de sécurité, tandis que l’autorisation de fonctionner totalement sans supervision humaine relève d’une étape réglementaire supplémentaire. Paris devra répondre à des questions très concrètes : que se passe-t-il lorsqu’un véhicule autonome bloque une rue ? Qui est responsable en cas d’accident ? Comment réagit-il face à un cycliste qui surgit brusquement ? Peut-il circuler partout ? Comment les secours peuvent-ils intervenir ? Et surtout, combien de véhicules autonomes une ville peut-elle accueillir sans créer davantage d’embouteillages ?
Le robot-taxi n’est pas automatiquement synonyme de ville moins encombrée. Des experts s’inquiètent déjà de son effet potentiel sur la congestion urbaine. Une bataille qui ne fait que commencer et irait à l’encontre de la politique anti voitures appliquée avec zèle depuis des années par l’équipe municipale !
A suivre…
Sources : presse et médias économiques
