Lauréat du concours de façades art Déco de la Ville de Paris en 1909, le 4bis-6, rue aux Ours Paris (3e) (*) , l’immeuble qui a abrité l’importante manufacture de vêtements Bloch et Behr, plus tard les locaux de Thierry Mugler, puis en dernier lieu le commissariat central de l’ex 3e arrondissement (avant qu’il ne rejoigne le site regroupant la police prés du Square du Temple lors de la création de Paris Centre), fait actuellement l’objet, comme on peut le constater en le longeant, d’une importante restauration/restructuration. La consultation des permis de construire demandés à la Direction de l’Urbanisme indique « Ravalement, modification d’aspects extérieur, isolation par l’intérieur, pose de panneaux photovoltaïques, végétalisation des terrasses et courettes arrière. »
Le bâtiment a été conçu par les architectes Charles Duval (**) (1873-1937) associé à Emmanuel Gonse (1880-1954) au sein de l’agence d’architecture éponyme spécialisée dans la construction d’immeubles bourgeois dont l’ambassade tchèque 15 avenue Floquet (7e). Ces professionnels participèrent activement, après la 1ère guerre mondiale, au travers de la Société civile « la Cité Nouvelle« , à la reconstruction, notamment de bâtiments publics et religieux, en particulier dans le Nord. Sur cet immeuble est intervenu ultérieurement l’architecte belge naturalisé français Alexis Dresse (1891-1979) à qui l’on doit, en collaboration avec son collègue Léon Oudin, la réalisation en 1930 de l’Hôpital Mathilde et Henri de Rothschild 196-197, rue Marcadet (18e) et en 1938, le collège Boris Vian 76 boulevard Berthier (17e).
L’immeuble de la rue aux Ours, de caractère « Art Nouveau tardif…présente des structures métalliques et des baies vitrées typiques de l’architecture industrielle et commerciale du début du XXe siècle, son style est parfois qualifié de transitionnel, mêlant rationalisme structurel et éléments soignés. » En résumé il s’agit d’une structure dite « Eiffel ».
La mutation qu’il subit actuellement malgré le peu de renseignements affichés sur les panneaux de chantier est destinée à « accueillir des bureaux modernes haut de gamme tout en préservant son cachet historique et sa façade d’origine. » L’immeuble représente une surface de 3 200 m2 qui en raison de sa structure en plateaux peut être aménagé facilement. A savoir la création de 300 postes de travail, d’un « business center » ERP (Etablissements recevant du public) permettant d’accueillir 100 personnes supplémentaires, d’un espace fitness ainsi que des espaces extérieurs et de détente à différents niveaux.
L’immeuble baptisé pour l’occasion BEHR qui répond à toutes les normes environnementales actuelles est un investissement du Crédit Agricole Ile de France. On peut consulter le film présentant le projet finalisé
BEHR (du nom du premier occupant) ne se limite pas à des bureaux, la publicité insiste sur le fait qu’il s’agit d’un lieu pensé pour « les entreprises qui recherchent un cadre performant pour… » leurs collaborateurs. La date de livraison a été programmée dans le courant du trimestre en cours, ce qui, compte tenu de l’état d’avancement des travaux, semble une gageure. Il s’agit d’un projet intéressant qui réhausse le quartier. L’endroit était en effet devenu bien sale. D’ailleurs un autre réaménagement se profile, il est en cours d’instruction à la Direction de l’Urbanisme et porte sur la « réhabilitation d’un immeuble mixte commerce, logements, bureaux en hôtel avec commerce« . Il s’agit du n° 10, là où se trouvait la boîte de nuit « Le Dépôt » fermée depuis plusieurs années et devenue un centre où s’empilaient les ordures jusqu’à la pose récente de palissades pour l’empêcher.
(*) Le nom de la rue est la corruption du mot Oues (oies en vieux français) : des rôtisseries se trouvaient en grand nombre dans cette voie
(**) A ne pas confondre avec son homonyme (1800-1876) qui a construit le Bataclan
