On le sait et tous les spécialistes l’annoncent, l’IA est une révolution technologique qui va modifier nos habitudes. Elle commence déjà à le faire. Elle hante tous ceux qui croient aux avancées qui en découlent et en découleront mais inquiète tous ceux qui souhaitent qu’il ne soit pas porté atteinte à la vie privée. Or dans notre pays les caméras sont muettes et l’IA alors inutilisée si ce n’est pendant les JO de 2024. La lecture des plaques d’immatriculation n’est pas autorisée. Si vous posez une caméra dans l’entrée de votre immeuble, on doit orienter celle-ci de façon à ne pas mettre dans son champ la rue, de peur de filmer des inconnus pour justement les protéger comme indiqué supra. Le Louvre depuis le hold-up spectaculaire dont il a été victime souffre d’un manque de caméras en nombre suffisant…Le rapport du Sénat sur ce vol précise que « Si les caméras avaient été intelligentes elles auraient détecté la présence anormale du camion-nacelle le long du bâtiment surtout un dimanche matin. »
Ne pas mettre d’IA avec les caméras, c’est empêcher toute prévention. Il faut parvenir à changer ce principe de protection de la vie privée, comme commencent à le faire certains sénateurs en sensibilisant les esprits, et appliquer un principe de réalité dans une société où tout semble possible voire permis … Une proposition de loi a même été votée à la chambre haute visant justement à promouvoir les caméras algorithmiques pouvant notamment lire les plaques d’immatriculation. Un système existe déjà, mais il est limité aux infractions les plus graves (crimes, terrorisme, vols de voitures..). Malheureusement pour le moment il n’y aucune obligation pour les communes d’intégrer cette technologie à leur réseau de caméras. Ce texte attend son passage à l’Assemblée nationale.
Une autre proposition de loi a vu le jour sur un sujet identique mais visant à protéger les commerces contre le vol, un véritable fléau ! Il propose à titre expérimental de légaliser les caméras « augmentées ». Des caméras qui ainsi équipées détectent les gestes suspects qui entrainent une vérification en caisse. Bien que non autorisé ce système est déjà en fonction dans certains commerces mais ils est pour le moment contraire à la loi; sauf s’il s’agit de la sécurité lors de manifestations sportives ou autres qui compte tenu de leur importance exposent à des risques de terrorisme, d’atteinte à la sécurité… Le vol à l’étalage n’est pas concerné et pourtant son ampleur est élevée (estimé à 4% des ventes annuelles des commerces en France) …!
Les outils existent donc mais ils ne peuvent pas être utilisés en raison d’une réglementation dépassée. Là est tout le paradoxe. Alors que la réglementation européenne interdit la reconnaissance faciale en temps réel à des fins d’identification généralisée dans l’espace public (cf le règlement européen IA Act), certains professionnels demandent que le « code de la sécurité intérieure » soit urgemment révisé. La mise en œuvre de ce système lors des JO 2024 a montré combien il était efficace. Faudra t’il à nouveau attendre les JO d’hiver 2030 pour une nouvelle mise en œuvre temporaire ? Cela n’a pas de sens. Peut-être y a t’il une mauvaise compréhension entre prévention et identification/suivi des individus ainsi que le pratiquent les autorités ? Mais la France n’est en rien la Chine ! D’autant que ces caméras ont d’autres vertus que la sécurité. Savoir si une rue est trop fréquemment encombrée, si un attroupement inhabituel se produit, si un véhicule suspect est à contresens, si un feu se déclare… Le principe d’une alerte suffisamment tôt auprès des opérateurs de vidéo protection qui suivent les images des caméras est essentiel et peut protéger de vies.
Bien sûr on ne peut éviter le risque de transgression, mais faut-il alors sacrifier la sécurité alors que l’on dispose notamment des caméras algorithmiques qui ont montré leur efficacité ? Tout est une question d’encadrement et de contrôle ensuite sur le respect de la réglementation. Il est certain qu’a terme les mentalités vont changer du fait même des progrès exponentiels de l’IA et Paris, comme d’autres métropoles et villes, n’échappera pas à la mise en œuvre de ces nouvelles technologies.
Sources : Le Figaro du 27 février 2026 article de Jean-Marie Leclerc
