Lucie de Lammermoor en français à l’affiche de l’Opéra comique

L’Opéra-Comique accueille en ce moment l’un des chefs-d’œuvre du répertoire italien : Lucia di Lammermoor de Gaetano Donizetti (1797-1848). Créé en 1835 à Naples, cet opéra romantique inspiré du roman de Walter Scott demeure une référence absolue du bel canto. Dans l’écrin intimiste de la salle Favart, l’œuvre trouve une résonance particulière.

L’intrigue se déroule dans l’Écosse du XVIIe siècle. Lucia Ashton aime secrètement Edgardo Ravenswood, ennemi juré de sa famille. Son frère Enrico, ruiné et avide de pouvoir, contraint pourtant la jeune femme à épouser un autre homme afin de sauver les intérêts du clan. Déchirée entre son amour et son devoir, Lucia sombre peu à peu dans la folie.

Le rôle-titre représente l’un des sommets du répertoire pour une soprano. Il est tenu ici avec brio par Sabine Devieilhe.  La célèbre “scène de la folie”, au troisième acte, reste un moment mythique de l’histoire de l’opéra : Donizetti y mêle virtuosité vocale, fragilité psychologique et tension dramatique dans une écriture d’une modernité saisissante. Entre vocalises aériennes et éclats hallucinés, Lucia devient une figure tragique emportée par un monde dominé par la violence masculine et les conventions sociales.

La production présentée à l’Opéra-Comique choisit de mettre en avant la dimension psychologique de l’œuvre. Loin du simple drame gothique, la mise en scène explore l’enfermement mental de Lucia, prisonnière d’un univers où les alliances politiques et familiales écrasent les désirs individuels.

Les décors jouent sur les contrastes entre pénombre et lumière, rappelant les paysages écossais brumeux qui hantent l’imaginaire romantique. Les costumes, élégants et sombres, soulignent la rigidité d’une société dominée par l’honneur et le pouvoir.

La direction musicale met quant à elle en valeur toute la richesse de la partition de Donizetti. Derrière la virtuosité apparente du bel canto, l’orchestre révèle une tension dramatique permanente, annonçant déjà les grandes passions de Verdi.

Les duos amoureux, les ensembles dramatiques et les grands airs offrent aux interprètes un terrain d’expression exceptionnel. La partition exige à la fois une technique irréprochable et une capacité rare à transmettre l’émotion la plus intime.

Près de deux siècles après sa création, Lucia di Lammermoor continue de fasciner par son intensité émotionnelle et sa modernité. Avec cette nouvelle production, l’Opéra-Comique rappelle combien l’opéra romantique peut encore parler à notre époque. Entre beauté musicale et noirceur dramatique, C’est une réussite et en français. .

Direction musicale, Speranza Scappucci  Mise en scène, Evgeny Titov  Avec Sabine Devieilhe, Étienne Dupuis, Léo Vermot-Desroches, Edwin Crossley-Mercer, Sahy Ratia, Yoann Le Lan  Chœur, accentus  Orchestre, Insula orchestra

Opéra Comique. Place Boieldieu  (ex 2e) jusqu’au 10 mai.

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