Une fresque flamboyante rue de Montmorency

Une fois n’est pas coutume mais une jolie fresque, et non un tag, a été peinte  il y a 3 semaines sur le mur d’un immeuble côté impair de la rue de Montmorency, près du quartier du Marais.  Le bâtiment en question est situé à quelques mètres de la vieille maison de Nicolas Flamel et forme l’angle avec la rue Saint-Martin. Sorte de fou du roi dépité, cette peinture de  Pascal Boyart qui signe « P. Boy » représente, avec quelques variantes, le tableau le plus célèbre du Musée National de Varsovie. Il fut prêté au Musée des Beaux-Arts de Lyon en 2014 lors de l’exposition « L’invention du Passé. Histoires de cœur et d’épée 1802-1850« . Cette toile peinte en 1862 par le peintre polonais Jan Matejko est intitulée  « Stanczyk ou Stanczyk durant un bal à la cour de la reine Bona après la perte de Smolensk« . Le bouffon en question tout de rouge vêtu semble porté un regard bien grave sur le  monde, reflet peut-être de la situation chaotique actuelle qui a pu conduire l’artiste à le reproduire? Située sur le toit de l’ancienne fonderie d’or de la Banque de France (à Ivry sur Seine), le « Radeau de la Méduse » d’après Géricault  est, elle aussi, une allégorie du monde actuel.

Pascal Boyart s’est surtout fait remarquer par la fresque « La République guidant le peuple » rue d’Aubervilliers où les protagonistes de la Révolution de juillet du célèbre tableau de Delacroix portent des gilets jaunes avec, cerise sur le gâteau, une énigme cachée qui permettra à celui qui la résoudra de gagner 1 000 € en bitcoins au moyen d’un QR code introduit dans la peinture. Le peintre  propose de cette manière à ses admirateurs de lui adresser des dons, à la manière du crowdfunding, ce qui lui permet de se financer et aux donateurs de « posséder » une part de la fresque. Il trouve aussi de cette façon un moyen de faire connaître les cryptomonnaies. Le peintre est d’ailleurs qualifié d’inventeur du « cryptoart » selon certains spécialistes. Pascal Boyart privilégie les œuvres de grand format réalisées en utilisant différentes techniques (pinceau, dripping, extincteur rempli de peinture) qui ont pour thème des toiles célèbres tels « Le désespéré de Courbet » ou  la fresque « La Madone au  smartphone » qui orne les murs de la maison des associations de Pantin ou le portrait de la chanteuse Billie Holiday sur le mur de résidences avenue de Flandre à la suite d’une commande  d’une société HLM.

Il est dommage que ces peintures, au demeurant de grande qualité, ne soient pas toujours le fruit de commandes mais réalisées sans être autorisées, au choix du peintre, à l’image des tristes pratiques de l’affichage sauvage. La notoriété de l’artiste  y gagnerait davantage. Il semble que la fresque du fou de Jan Matejko soit en l’espèce une commande.

2 commentaires

  1. sauf que… ce bouffon-là semble contempler, atterré, une foule de billets de banque…
    mais on s’amuse toujours à l’arrière-plan!
    bravo l’artiste!

  2. Je viens de découvrir cette fresque, remarquable ! Cette image de bouffon promenant un regard désabusé sur le monde chaotique est toujours d’actualité. Matejko fut un peintre polonais exceptionnel et comme beaucoup d’artistes polonais, méconnu de nos jours. Alors que ses oeuvres furent à son époque reconnues et même couronnées de distinctions dans toute l’Europe. C’est charmant de voir la rue Montmorency s’ouvrir, juste avant la maison historique de Nicolas Flamel, par cette oeuvre symbolique.
    Sarmate.

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