Vasari. Le livre des dessins: une exposition originale du Louvre

Sans doute que l’exposition « Vasari. Le livre de dessins »  proposée par Le Louvre jusqu’au 18 juillet peut paraître par trop réservée aux initiés. Giorgio Vasari (1511-1574), architecte, écrivain, peintre et fresquiste (il a travaillé pour de nombreuse églises, pour le Duomo de la cathédrale de Florence ou le Palazzo Vecchio) est surtout considéré comme le véritable premier historien de l’art. Il a en effet fait paraître à Florence « un ouvrage destiné à fonder l’historiographie de l’art de la Renaissance italienne : « Les Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes » dans lequel il fait référence au « Libro de’ disegni », qui réunissait les plus beaux dessins « des maîtres dont il rapportait la biographie et l’œuvre. »

Pourtant au-delà des dessins eux-mêmes,  l’exposition retrace le  mythe qui entoure « la première collection de dessins fondée sur une logique historisante : le légendaire Libro de’ disegni, qui fait son apparition dans la seconde édition des Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes, parue à Florence, en 1568, chez les Giunti. Le 29 juin 1574, deux jours après la mort de Vasari, le Libro fut remis par ses héritiers au grand-duc de Toscane, Francesco I, qui l’avait envoyé chercher ».  En effet nul ne sait ce qu’est devenu ensuite cet exceptionnel livre des dessins. Sans doute ont-ils été offerts à l’unité en cadeau. Les conjectures les plus folles ont couru au fil des siècles qui ont suivi. « Les grands collectionneurs et connaisseurs des XVIIe et XVIIIe siècles ont tous rêvé d’acquérir et cru qu’ils possédaient des dessins du Libro. Le plus célèbre de tous, Pierre-Jean Mariette (*), fut à la source d’une tradition historiographique qui voyait dans un certain type de montage, ornemental et architecturé, le signe de l’appartenance passée d’une feuille au mythique recueil vasarien. »  Le temps passant, beaucoup ont cru que ce label conférait une origine Vasari aux dessins en question, 3 000 ont ainsi été répertoriés!  L’exposition organisée par le Louvre et le Nationalmuseum de Stockholm (**) qui regroupe 30 dessins signés de maîtres prestigieux (Le Verrocchio, Filippino Lippi, Andrea del Sarto, Giulio Romano…) montre que tel n’est pas toujours le cas à la suite des travaux auxquels elle s’intéresse des deux savants anglais Arthur Popham et Philip Pouncey.  Ces derniers ont en effet remarqué sur un « montage Vasari » (ou effectué par son collaborateur Jacopo Zucchi) la présence d’un mystérieux emblème (un phénix sur une branche enflammée avec dans un phylactère la devise « Tant que je vivrai » ) faisant le lien avec un collectionneur postérieur à Vasari, Giovanni Gaddi, démontre que les choses ne sont pas aussi simples. 

Un spécialiste a souligné que cette exposition-enquête avait le mérite de « tempérer un fantasme vieux de 4 siècles »!

A découvrir. Réservation conseillée.  

Le dessin illustrant cet article intitulé « Grégoire XI revenant d’Avignon » est de la main de Giorgio Vasari (RMN)

(*) sculpteur graveur libraire et grand collectionneur qui vécut de 1694 à 1774

(**) musée qui possède une très importante collection  de dessins ayant appartenu au comte Tessin qui fut ambassadeur de Suède auprès de Louis XV

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