Les difficultés de se loger ne sont pas récentes dans notre pays et à Paris en particulier (*), amplifiées par l’exode rural. C’est ce qui explique, aprés les destructions de la dernière guerre mondiale qui ont accentué davantage le phénomène, la frénésie des gouvernants de construire des grands immeubles et barres dits alors modernes et de progrès, qui ont changé le paysage des périphéries des villes et même de certains quartiers. Des reportages tournés dans les années 60 montrent combien les nouveaux habitants étaient ravis de ces logements qui comptaient salles de bains, chambres, espace de séjour et lumière… Mais la transformation du mode de vie, la ghettoïsation de certaines cités, la vétusté de nombre de ces constructions (le béton vieillit souvent mal), les exigences du DPE et de zéro artificialisation des sols ne font pas bon ménage. La question de leur maintien et de leur restructuration ou de leur démolition se pose. Dans nombre de communes déjà des immeubles ont été purement et simplement dynamités pour faire place à un ensemble de plus petits immeubles voire de zones pavillonnaires plus « humaines ». Dans d’autres des restaurations significatives ont redonné une modernité à des bâtiments qui avaient mal vieillis.
Confrontées à cette situation, des associations réclament des mesures de protection, c’est-à-dire le classement pur et simple des bâtiments. Le Figaro du 9 février signé de Claire Bommelaer a imagé cette situation en ces termes « face aux tenants du bulldozer se tient un groupe d’architectes, d’étudiants d’école d’architecture soucieux de ne pas être rangés du côté du classicisme ou de bobos en quête d’habitations originales » et veulent sauvegarder « une certaine France qui savait se projeter dans l’avenir et qui a su inventer une style. » Oui mais il est difficile et très coûteux de les entretenir. Ces défenseurs s’appuient sur le projet de destruction des tours Nuages de Nanterre, projet qu’ils ont su faire arrêter. Si l’on excepte les constructions d’appartements de Le Corbusier qui se vendent à prix d’or lorsqu’elles sont en main privée, il s’avère que ce type d’appartement peut être prisé aujourd’hui, mais n’est-ce pas plutôt un phénomène marginal ? Ces lieux ont souvent une réputation mitigée (trafics, insécurité…) à moins que ces ensembles soient labellisés « architecture contemporaine remarquable » (ACR). Le classement en revanche est tout autre chose car il sera ensuite difficile de modifier quoi que ce soit, l’immeuble sera comme figé.
Entre l’un et l’autre, nombre d’élus préfèrent le label ACR qui offre des possibilités de se projeter vers l’avenir, de réaliser des travaux de réhabilitation afin de suivre les évolutions tout en conservant l’ancrage de ce patrimoine. Un principe de réalité car si la bâtisse n’est pas classée il n’y aura pas véritablement d’aide publique mais les municipalités conserveront leur liberté alors que l’Etat ne peut plus tout désormais. Les associations qui défendent ce patrimoine en sont elles bien conscientes ?
(*) Le plan Voisin pour lequel a travaillé Le Corbusier visant à raser le Marais pour le transformer en grands immeubles modernes répondait déjà à ce souci des autorités.
La photographie illustrant l’article est celle de plusieurs des 16 tours et la barre de la Cité Curial-Cambrai dans le XIXe arrondissement.
