Nous rebondissons sur nos récents articles des 19 octobre et 07 novembre 2025 portant sur les difficultés du commerce parisien et suite à la publication d’un article de fond du Figaro des 13-14 décembre 2025 titrant « Ventes en ligne, interdiction des voitures, nouvelles habitudes de consommation …Menaces sur le commerce parisien », signé Pauline Landais-Barrau.
Les petits commerces qui ont fait le charme de Paris sont à la peine depuis quelque temps. Ils souffrent et ferment les uns à aprés les autres. Shein arrivé au BHV est le point d’orgue de cette évolution qui se déroule sous nos yeux. A ce propos la journaliste écrit : « Si le BHV devait être contraint de baisser le rideau, il ne serait pas seulement une nouvelle victime de la catastrophe qui s’abat sur les magasins de mode dans la capitale : entre 2020 et 2023, le nombre de tailleurs a plongé de 22% et celui des boutiques de prêt-à-porter femme de 15%. » Pour les commerçants, les habitants, comme pour les experts, précise la rédactrice de l’article du Figaro » il n’est plus question de se laisser endormir par des chiffres globaux et la fable d’un renouvellement permanent (NDLR : des commerces) , même si la Mairie de Paris se veut toujours rassurante. » D’ailleurs la Maire de Paris a déjà précisé que la mairie était candidate au rachat du BHV afin « ...d’y développer un projet d’envergure répondant aux besoins de commerce, d’activité économique, de logements abordables, de logements en accession à la propriété et de logements sociaux« . Ce n’est pas une blague ! Malgré l’état calamiteux des finances de la ville, la mairie est devenue insatiable lorsqu’il s’agit de biens immobiliers à acheter ! On imagine déjà ce qui pourrait advenir si une telle opération voyait le jour !!
Malheureusement le commerce, en particulier le petit commerce, le commerce traditionnel ne se porte pas bien en France et Paris n’est pas épargnée. Quelques chiffres illustrent le propos. Ainsi dans la capitale entre 2020 et 2023, le nombre de tailleurs a baissé de 22% et celui des boutiques de prêt à porter de 15% (*) . Les merceries, les drogueries, les cordonneries, magasins caractéristiques de la capitale et d’une époque ont presque tous disparus. Pendant ce temps selon les chiffres officiels le nombre de bars et de restaurants (étude de l’APUR : Atelier parisien d’urbanisme), est quasiment resté constant à 60 846 adresses. On note 4% de hausse des commerces alimentaires dont 44% pour les hyper et 33% pour les supermarchés spécialisés. La plus forte hausse est celle des boutiques de CBD ou cannabidiol (+405%) mais aussi des ongleries et bars à sourires (+ 20% et + 100% respectivement) qui se multiplient ainsi que les fast-foods (+ 10%), les activités esthétiques, médicales, dentaires et sportives. Les franchisés remplacent peu à peu les commerces traditionnels à l’instar de toutes les grandes villes en Europe. Une banalisation s’installe. Les agences de banques ferment, les « chaines de coffee-shops et autres fast-foods les remplacent« . Pauline Landais-Barrau mentionne aussi les cas de plusieurs artères sinistrées tels la rue de Rivoli et le boulevard Saint Michel. Certes Paris conserve un tissu commercial dense et varié mais « il souffre fortement » comme le souligne un représentant de la CCJ (Chambre de commerce et d’industrie). Les défaillances d’entreprises sont en hausse, 1130 distributeurs de mode ont été placés en procédure collective dans la région Ile de France en 2023 (+50% par rapport à 2022)! Le turn over, c’est-à-dire le taux de rotation des commerces, s’est fortement élevé, avec un un taux de vacance commerciale proche de 12%.
Les causes de cette évolution sont connues. Sont pointés du doigt indifféremment la montée du digital, les nouveaux modes de consommation, la seconde main, la percée des plateformes asiatiques… Les zones à trafic limité (ZTL), la piétonnisation rampante mise en œuvre par les élus (un des candidats a pour ambition de privatiser 1 000 rues supplémentaires) ! A qui mieux mieux ? ) ont, faute d’étude d’impact, indéniablement accentué les difficultés. Le développement souhaité et encouragé du tourisme a lui aussi une part de responsabilité. Le Marais est cité en exemple pour son offre commerciale quasi exclusivement tournée dorénavant vers le tourisme, ce qui pour les riverains n’est pas une bonne chose mais montre que certains commerces s’adaptent . En revanche chacun s’accorde à considérer que le luxe malgré la crise ne semble pas touché par ces évolutions. Cela sera t-il toujours vrai à moyen et long terme? Nul ne le sait pour le moment.
(*) Rapport parlementaire sur les produits importés en France: « Le secteur du textile est passé de 400.000 salariés dans les années 1970 à 60.000 aujourd’hui, estime le rapport, et 1.500 boutiques de vêtements ont fermé en France en 2024. En deux ans, la filière de la prothèse dentaire a perdu 800 entreprises sur 3.800 et 3.000 salariés sur 15.000… »
