Canicule : des aménagements trop minéraux au détriment des arbres

Dans le cadre d’une tribune bien documentée du Figaro du 2 septembre dernier l’architecte Dominique Dupré-Henry et l’encyclopédiste Tangi Le Dantec cofondateurs de l’association « Aux arbres citoyens » alertent sous le titre « Îlots de chaleur urbain à Paris : sortir du déni avant que la capitale ne soit invivable » sur l’hyper densification et les « aménagements ultra minéraux » réalisés dans la capitale qui constituent une erreur lourde de conséquences de la Maire de Paris.
Rappelant les températures élevées que nous venons de vivre et vivons encore tout en sachant que les canicules seront amenées à se répéter, qui plus est, au sein d’une ville hyper densifiée, les auteurs pointent les risques en termes de santé publique car la bétonisation à outrance « aboutit à des situations intenables où les villes sont incapables de se rafraîchir la nuit. Le manque criant d’espaces verts (3,1 m2 ouverts au public par habitant selon l’APUR contre 10 m2 préconisés par l’OMS) devrait conduire à l’aménagement de nouveaux jardins publics et l’amélioration de l’état des jardins publics existants souvent plus dédiés à l’événementiel qu’à la promenade. » A ce sujet sont mentionnées dans ces lignes les incivilités au sein même de ces parcs qui ont tous perdu leur gardien alors qu’ils avaient un rôle évident pour éviter les dégradations.
Les montants consacrés à l’entretien des jardins de la capitale sont bas au regard de ceux qui sont dépensés par des villes françaises moyennes! Le manque d’hygiène (multiplication des rats et souris) dont nous avons parlé récemment est souligné lui aussi. Triste record mentionné par ailleurs  dans ce texte et prenant pour fondement une étude du MIT (Massachusetts Institute of Technology) reprise dans le New York Times du 18 juillet où Paris apparaît en dernière place de couverture arborée (8%), au sein d’un groupe de 30 métropoles qui affichent des pourcentages bien plus élevés (28,8 % à Oslo et 12,7 % à Londres)! Le manque d’arbres à Paris que nous avons souligné à plusieurs reprises pèse dans la lutte contre les canicules et plus les arbres sont jeunes plus ils résistent mal à la sécheresse. Ainsi mieux vaut, selon les auteurs, mettre l’accent sur l’entretien des arbres existants que de planter des nouveaux arbres (170 000 annoncés par la candidate Anne Hidalgo lors de la dernière campagne des élections municipales). Le qualitatif est donc préférable au quantitatif.
Et de citer enfin des températures de l’asphalte prises en présence de journalistes avec un thermomètre à infrarouge atteignant respectivement 55,9o C et 62,3o C les 13 et 19 juillet derniers place de l’Opera. La multiplication continue de journées chaudes crée  des îlots de chaleur urbains néfastes à l’organisme. Les arbres voient parallèlement leur rôle de rafraîchissement battu en brèche  tant il fait chaud.
Alors pourquoi contrarier davantage encore la conception des grands urbanistes qui ont modelé Paris sous le Second empire. Le modèle haussmannien répond à bien des nécessités « bioclimatiques », notamment au plan architectural, le «modèle de bâti…présente de grandes qualités du point de vue de la ventilation avec des logements traversants et des cours permettant une ventilation naturelle. »  Or les aménagements actuels de places minérales, l’abattage des arbres décrié dans les médias et « la conception de nouveaux quartiers… créent de gigantesques îlots de chaleur. »
Malgré le vote au Conseil de Paris en juillet de la création d’une mission d’information et d’évaluation « Paris à 50 oC » dont le but est de faire des propositions de lutte contre les effets de la chaleur, il n’en demeure pas moins pour les coauteurs de l’article que « l’implantation d’ombrières et de brumisateurs… » objets d’une abondante communication municipale… « sont loin d’être à l’échelle des enjeux! »  En conclusion ils demandent « d’arrêter le bétonnage, de créer de nouveaux espaces verts et de préserver précieusement les arbres existants. »
Seront-ils écoutés ? Au sein de Paris Centre, si l’on fait abstraction du Jardin des Tuileries, n’y a t’il pas lieu d’aménager (voire d’agrandir) des espaces verts plutôt que de construire toujours plus et  de se focaliser sur les pistes  cyclables ?

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