Ces grands magasins disparus

« De la seconde moitié du XIXe siècle au début de la première guerre mondiale, le paysage parisien, déjà profondément modernisé par les travaux haussmanniens, est remodelé par la soudaine implantation – invasive pour certains – d’une nouvelle catégorie d’édifices : les grands magasins. Concurrentes acharnées, ces firmes privées, issues d’un mouvement de concentration commerciale, établissent fermement leur enseigne dans la capitale par le biais d’une architecture puissante et même « bruyante ». La conception de ces bâtiments modernes de type industriel est due à la collaboration, souvent très active, de directeurs d’établissements et d’architectes d’horizons différents (Frantz Jourdain, Paul Sédille, André Gutton ou Gustave Rives) ouvrant ainsi la voie à des solutions plastiques aussi originales que diverses. L’analyse et la comparaison des décors de couvertures de ces édifices, qui ont pour vertu de couronner l’enseigne et d’en signaler la présence, offrent à l’historien de l’art un point de vue inédit. » (*) 

Le passage repris ci-dessus illustre la fièvre qui entourait effectivement la création des grands magasins tant au plan de la créativité en matière architecturale qu’auprès des clients.

Zola  lui aussi s’est emparé du sujet dans son roman « Au bonheur des Dames  » pour lequel il ne s’inspire pas, contrairement aux idées  reçues,  du Bon Marché, mais des « Grands Magasins de la Paix » (**) qu’il situe place Gaillon entre l’Opéra et la Bourse et qui occupait plus exactement tout le périmètre situé entre les rues du 4 septembre, de la Michodière, St Augustin, Monsigny et du Dix Décembre (devenue Quatre Septembre). Il a aujourd’hui disparu à l’instar des « Phares de la Bastille » (image illustrant l’article) place de la Bastille (occupé aujourd’hui par la Banque de France) et qui illuminait avec 2 gros phares toute la place. Il y avait aussi le « Bazar Bonne Nouvelle » 18-20 boulevard éponyme qui abritait 300 magasins en location, détruit à 3 reprises par un incendie, il est remplacé actuellement par un bureau de Poste. Autres grandes enseignes emblématiques de Paris Centre, « Au Pauvre Jacques » (ex magasin Tati) de la place de la République, les « Grands magasins du Louvre » 164, rue de Rivoli qui ferma en 1974 pour laisser la place au Louvre des Antiquaires qui lui aussi a fermé depuis ou « A Réaumur »  82 à 96 rue Réaumur un des premiers à diffuser du prêt à porter (aussi en vente par correspondance) fabriqué dans ses propres usines. N’oublions pas « La Belle Jardinière »  (devenue Conforama) située sur le quai de la Mégisserie et qui a été fermée en 1972. Elle a connu un succès considérable et ouvrit plus de 10 succursales, nombreux en effet étaient les grands magasins possédant des antennes en province.

L’évolution des modes de consommation, une concurrence acharnée, un manque d’anticipation du modèle de vente auxquels se sont ajoutées aussi les guerres ont conduit à la disparition progressive des grands magasins,  Seuls subsistent en petit nombre ceux qui ont su évoluer. Mais la pandémie actuelle les oblige une nouvelle fois à se remettre en question.  

(*) Olivier Vayron « Dômes et signes spectaculaires dans les couronnements des grands magasins parisiens : Dufayel, Grand-Bazar de la rue de Rennes, Printemps, Samaritaine.  »  Livraisons d’histoire de l’architecture  29 (2015)
(**) Voilà ce qu’écrivait Zola à propos des « Grands Magasins de la Paix « :
« C’était à l’encoignure de la rue de la Michodière et de la rue Neuve Saint-Augustin, un magasin de nouveautés dont les étalages éclataient en notes vives dans la douce et pâle journée d’octobre… Dans le pan coupé donnant sur la place Gaillon, la haute porte, toute en glace, montait jusqu’à l’entresol, au milieu d’une complication d’ornements, chargés de dorures. Deux figures allégoriques, deux femmes riantes, la gorge nue et renversées, déroulaient l’enseigne: Au bonheur des dames. » 

 

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