Le Louvre, critiques et dissensions

A l’occasion du renouvellement (la décision appartient au Président de la République) pour peut-être un 3ème mandat du directeur du Louvre actuellement en place, la presse met le doigt sur différentes questions qui créent polémique au sein du plus grand musée du monde. En comparaison le renouvellement (ou non) en même temps des mandats des responsables du musée Pompidou et du château de Versailles passe presque inaperçu.

La polémique pour ce qui concerne le Louvre est amplifiée par l’acquisition récente d’une fresque de Tiepolo en mauvaise état à un prix très élevé (4,5 millions €) et par les travaux de la salle des bronzes critiqués par la fondation Cy Twombly du nom de l’artiste américain qui a réalisé le plafond en 2010 en tenant compte de la destination de la salle (photo illustrant l’article). Or celle-ci va changer, les bronzes grecs seront remplacés par des objets étrusques et la fondation n’en a pas été informée. Il y a pour beaucoup dénaturation du lieu (une muséographie des années 30),  bronzes dont a découvert de surcroît qu’ils avaient subi des reprises de corrosion durant les travaux…

Outre ces dysfonctionnements, c’est surtout les choix et la stratégie misent en œuvre, fondés sur le tourisme (seulement 20% de français visitent le Louvre ) qui sont battus en brèche par la pandémie due à la Covid. Elle  montre en effet les limites du modèle générant un déficit de 90 millions d’€ (pour un budget de 240 millions €  par an), obligeant l’Etat à mettre en œuvre un plan d’aide de 46 millions €. Le partenariat avec Airbnb est lui aussi fort critiqué alors que nous connaissons et nous dénonçons les conséquences néfastes de cette plateforme sur la vie de nos quartiers.

Le choix de Liévin à 200km de Paris pour stocker les réserves du musée ont aussi leurs détracteurs. Outre le coût élevé de cette opération (60 millions € hors foncier dont 34,5 millions financés par le Louvre grâce à la licence de la marque accordée au Louvre Abu Dhabi), beaucoup soulignent les risques liés au déplacement des œuvres. Mais ce risque est il plus élevé que celui des crues de la Seine ?

Des dissensions existeraient au sein des équipes et sont mises en exergue par les journalistes. Or avec 2300 collaborateurs, ce genre de situation est courante et se retrouve dans la plupart des organisations hiérarchiques. A notre sens, un établissement public aussi gigantesque que le Louvre ne peut pas fonctionner sans heurts et sans critiques, c’est le lot des institutions de cette taille. Le rayonnement et le prestige du musée aux yeux du mode comptent davantage.
Il serait dommage qu’en portant sur la place publique ces dissensions, on puisse nuire à se réputation. La publicité faite il y a quelques jours autour du récent achat par le musée d’une rare statue romaine en marbre d’Harpocrate, ainsi que d’autres acquisitions prestigieuses, présente plus d‘intérêts que de vaines querelles.

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