Faut-il encore aggraver les conditions de circulation dans la capitale? Lettre ouverte de Marais-Louvre à la Maire de Paris

A la suite des déclarations d’Anne Hidalgo dans le Parisien du 3 octobre sur ses projets concernant de nouvelles restrictions de la circulation dans la capitale, notamment dans le centre, Marais-Louvre vient de lui adresser une lettre ouverte pour lui faire part de ses plus extrêmes réserves sur ces contraintes supplémentaires annoncées. 

« Madame la Maire,

Votre interview du 3 octobre dans Le Parisien concernant les déplacements dans Paris ont provoqué des réactions nombreuses des Parisiens, notamment des adhérents de l’association Marais-Louvre dont je suis le Président, qui défend la qualité de vie des habitants du nouveau secteur Paris Centre tout en s’inscrivant dans la vie de toute la région capitale. Nous pensons en effet qu’une agglomération capitale vivante ne peut exister, si elle est coupée de son centre.

En outre, beaucoup d’habitants du centre de Paris s’interrogent sur la façon dont ils vont pouvoir se déplacer « d’est en ouest », car selon vos déclarations en effet, cela ne sera plus possible et interdit. En revanche dans le sens ouest est, traverser la capitale serait « autorisé » si vos propos sont bien interprétés. 

Sur ce dernier point, nous avons lu avec consternation que vous entendiez également réserver le sens ouest-est aux “véhicules propres”. Est-ce à dire que vous y interdirez même les véhicules électriques, dont le bilan carbone global est connu pour être plus grave que celui des véhicules “thermiques” classiques, surtout les plus récents ? Et que ceux-ci, une fois leur trajet ouest-est réalisé, devront passer par l’autoroute A4 et la Francilienne pour se rendre de la Bastille à la Concorde, ou passer par le périphérique tant que celui-ci existe encore comme tel ?

Si ces mesures sont prises sans concertation aucune avec les riverains, habitants, commerçants, professionnels et artisans beaucoup vont être contraints de quitter la capitale et mettre la clé sous la porte. Au plan commercial, il se confirme d’ailleurs que la fermeture aux voitures de la rue de Rivoli combinée à la pandémie, se solde par un désastre et nombre de commerces ferment ou sont en passe de devoir le faire. 

Des laissez-passer, comme en temps de guerre, seront-ils délivrés aux riverains, ne serait-ce que pour entrer et sortir de leur parking ? Qu’est-il prévu pour garantir l’accès des véhicules prioritaires en particulier en cas d’attentat si toutes les voies sont fermées et piétonnisées et si les axes proches sont encombrés du fait du report de la circulation ? 

Comment sera-t-il possible, si de telles mesures d’interdiction sont mises en place, de se rendre au travail, chez des parents, des amis, à la campagne, puis de revenir ensuite ? La situation deviendra kafkaïenne et privera tout un chacun du droit fondamental de se déplacer. Nous vous rappelons que la liberté d’aller et de venir est expressément visée dans le Protocole 4 de la CEDH, et que son exercice ne peut être limité que pour des raisons d’ordre public ou de sécurité.

L’inquiétude est grande pour les Parisiens soucieux de l’environnement, comme nous le sommes,  mais qui n’hésitent pas à dénoncer les excès de certaines décisions prises pour prétendument l’améliorer, sans qu’il soit tenu compte des conséquences directes et indirectes dans la vie quotidienne de vos administrés. 

Nous relevons d’ailleurs à ce propos que votre projet rappelle celle prise par la Ville en 2016, concernant la fermeture des voies sur berge. Votre première décision, fondée sur une promesse de réduction de la pollution, avait été annulée par le Tribunal administratif le 21 février 2018.  Le tribunal avait alors estimé que l’étude d’impact comportait des inexactitudes, des omissions et des insuffisances concernant les effets du projet sur la circulation automobile, les émissions de polluants atmosphériques et les nuisances sonores, éléments majeurs d’appréciation de l’intérêt général du projet. 

Il en serait très probablement de même dans le cas de la fermeture des grands boulevards à la circulation, et cette fois l’élément de préservation d’un site classé au patrimoine mondial, invoqué afin de contourner le jugement, ne pourra plus l’être.

Alors que notre association s’inscrit aussi dans le cadre de la métropole dont fait partie Paris, il importe de ne pas prendre des décisions hâtives, juridiquement fragiles, irrémédiables, au détriment des riverains qui souhaitent que leur liberté de se déplacer soit préservée. 

Nous souhaitons Madame la Maire que vous preniez en considération cette lettre que nous rendons publique, nous sommes prêts à vous rencontrer pour échanger à ce propos

Je vous prie d’agréer l’expression de ma considération distinguée.

Dominique Feutry

Président de l’association Marais-Louvre « 

1 commentaire

  1. Merci pour cette lettre ouverte.
    Situation kafkaiene en effet ou ubuesque car si l’on rit beaucoup de prime abord en lisant la pièce d’Alfred Jarry, on ne saurait oublier que son Père Ubu est en dernier ressort d’une cruauté extrême !
    « Quousque tandem… abuteris patientia nostra?  » . Madame Hidalgo avez-vous décidé d’ exterminer tous les habitants du centre de la capitale ? Les Parisiens vont-ils enfin réagir et s’organiser pour contrer de telles machinations ?

    extrême !

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