Le sur tourisme revient en force

La forte montée du nombre de touristes (français et étrangers) constatée lors des week-ends de l’Ascension et de la Pentecôte sur l’ensemble de notre pays, particulièrement dans les zones habituellement les plus fréquentées, a surpris. Une affluence record que n’avaient pas prévue les spécialistes, du Mont Saint-Michel à la maison de Monet à Giverny en passant par la Tour Eiffel. Il semble même que le Zoo de Beauval a connu un tel afflux non anticipé que la pagaille (y compris dans les restaurants) s’est installée et les visiteurs sont repartis fort mécontents. Et encore les touristes chinois ne sont pas encore revenus. Qu’en aurait-il été alors ?

Cet épisode de sur-affluence constatée un peu partout remet en avant la question du tourisme de masse et des mesures à mettre en œuvre pour y faire face. Voilà déjà un certain temps que nous avons tiré la sonnette d’alarme à ce sujet… Avoir cru depuis la pandémie que le tourisme n’atteindrait pas le niveau d’avant est un leurre. Il fallait être naïf pour s’en persuader et faute de mesures prises à temps (sauf dans quelques lieux), la question n’est pas résolue, y compris à Paris. Les derniers constats montrent que les gros bataillons de visiteurs arrivent tous sur un site en même temps, durant une plage horaire réduite entraînant de véritables goulots d’étranglement. Ainsi que le souligne Mathilde Visseyrias dans les « pages saumon »  du Figaro du 24 mai dernier à ce propos, « les professionnels…ont été dépassés, les visiteurs dépités.« 

L’instauration de jauges redevient d’actualité, mais aussi l’idée d’une facturation variable selon le degré de fréquentation comme le fait la SNCF pour les tarifs des trains.  « 95 % des touristes ne se rendent que dans 5% du globe où ils ne voient que quelques sites« . A Paris le centre est dans ce cas. Cette logique à laquelle il nous faut nous adapter s’applique à la France et à sa capitale. « Le sur tourisme est le pire ennemi du tourisme  » affirme  le président de l’Office du tourisme de Paris qui montre tout l’intérêt d’éduquer les touristes afin de voir d’autres endroits que les lieux emblématiques. Education qui doit s’appliquer aussi à un certain nombre de professionnels afin de ne pas tomber dans le piège. Instaurer des quotas et rendre les réservations obligatoires sont devenus indispensables si l’on veut réguler les marées de touristes, quand bien même cela ne s’avère pas simple ni évident à mettre en œuvre.

De telles mesures ne rallient pas tous les professionnels qui estiment que le sur tourisme est cantonné à quelques sites seulement et durant des périodes bien définies de l’année, ce qui nécessite « une meilleure diffusion de l’offre dans l’espace et dans le temps. » Certes, mais ces réserves ne doivent pas annihiler toute décision qui irait dans le sens de davantage de régulation, y compris temporaire. Les visiteurs de leur côté nous challengent, ils comparent les lieux et l’accueil des différents pays où ils se rendent et publient leurs avis sur les réseaux sociaux. Si nous ne sommes pas à même de répondre à leurs attentes, ce qui passe par une régulation encadrée, alors l’avenir du tourisme s’assombrira et le rebond que nous connaissons actuellement sera provisoire.

Un tourisme  davantage « organisé », mieux orienté, plus durable est primordial  pour préserver ce secteur économique essentiel de notre économie et préserver les sites trop fréquentés ainsi que les habitants. Nous espérons que nos élus en lien avec les autorités, les responsables des JO et tous les professionnels attachés à cette activité sauront organiser un écosystème adapté pour les prochains Jeux. Un test grandeur nature à ne pas manquer. L’image de notre capitale et de notre pays sont en jeu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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