Le théâtre Dejazet, dernier rescapé des travaux d’Haussmann

Le secteur du spectacle et avec lui toute la vie cultuelle est très affecté par la crise la Covid qui n’en finit pas de dérouler sont lot de problèmes, de difficultés, de drames avec toutes les conséquences imaginables qui touchent toutes les personnes y compris, ce que commence à souligner plus spécifiquement les pouvoirs publics, l’état dépressif de nombre de nos compatriotes .

Notre arrondissement, nous l’avons maintes fois souligné est riche sur le plan culturel et possède de nombreux théâtres, mais nous ne pouvons plus en profiter (sinon ne vidéo) et les responsables de ces établissements sont bien à la peine pour leur maintenir la tête hors de l’eau, voire pour certains d’entre eux, les sauver.

L’un d’eux parmi tous ceux que nous connaissons mérite notre attention, il s’agit du Théâtre Déjazet. Il est situé 41 boulevard du Temple, le boulevard des théâtres par excellence au XIXe siècle. Déjazet est un des rares à être parvenu jusqu’à nous. Le boulevard comptait au XIXe siècle 52 théâtres !

A l’origine, en ce lieu, se trouvait une salle de jeu de paume édifiée juste avant la Révolution, sous la houlette de Bélanger (1744-1818) à la demande du  Comte d’Artois. On doit à François-Joseph  Bélanger la coupole de l’ancienne Bourse du commerce où la collection Pinault a été installée. Le théâtre a survécu à la Révolution parce qu’il fut transformé à cette époque en établissement de bains. Quelques décennies plus tard, après être devenu entre temps café-concert, nous sommes en 1854, deux associés achètent les murs et transforment la salle afin qu’elle puisse accueillir plus de 800 spectateurs. Les « Folies Nouvelles » sont nées. Les pièces se succèdent, les spectateurs nombreux s’y pressent et les artistes profitent de cet engouement. Le théâtre portera son nom actuel à la suite de l’autorisation d’exploitation donnée en 1859 à la comédienne Virginie Déjazet (1798-1875). Artiste qui s’est produite sur la plupart des scènes de théâtre de Paris et des grandes villes de province. Célèbre et souvent critiquée, elle est à l’origine du succès de Victorien Sardou et a laissé à la postérité des bons mots dont l’expression « Bien faire et laisser dire ».

Malgré un changement temporaire de nom, plusieurs faillites, des travaux réguliers dont l’installation de l’électricité en 1895, le théâtre où sont représentées des œuvres d’Offenbach a gardé son authenticité. Certaines pièces représentées atteignent des scores dépassant des chiffres inhabituels tel « Le tire au Flanc » représenté plus de mille fois! Malheureusement pour cette salle, la concurrence du cinéma sonne le déclin et le théâtre est d’ailleurs transformé en cinéma en 1939 (il s’appelle alors le France) entraînant la suppression des loges et des seconds balcons.

La renaissance du théâtre est l’œuvre Jean Bouquin, il est encore aujourd’hui aux manettes. L’inventeur du style « Hippy chic ». Il ferme sa maison de couture qui habillait des célébrités (Brigitte Bardot, Marlene Dietrich, Rita Hayworth, David Bowie, les Beatles, les Stones…) et rachète le bail du théâtre en 1977, le propriétaire des murs étant la Banque de France. Il était alors question de transformer l’établissement en supermarché voire en parking. Après bien des démarches administratives, des aménagements (mises aux normes, sécurité…) et plusieurs années de spectacles où se produisent Coluche et différentes chanteurs, le TLP-Déjazet ouvre en 1986. Nombreuses sont alors les célébrités (Georges Moustaki,  Véronique Sanson Claude Nougaro, Léo Ferré…) qui fréquentent cette scène.

Rescapé des aménagements d’Haussmann, le théâtre classé monument historique en 1999 a conservé son décor du XIXe siècle notamment les belles peintures de son plafond. Le spectacle qui était à l’affiche avant le confinement et devrait reprendre passé cette période malheureuse est une comédie musicale intitulée « Demain commence ici « . Il s’agit, dit l’annonce du théâtre, d’un spectacle « qui vous emportera dans son univers drôle et émouvant. A travers des styles musicaux très variés et des chorégraphies entraînantes, retrouvez plus de 20 artistes sur scènes, comédiens, musiciens et danseurs, au service d’une jolie fable contemporaine.« 

Sources :  Publications  du théâtre Dejazet et articles du Monde du 27 octobre 2017 et de L’Express du 8 janvier 2018

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