La commission du Vieux Paris est-elle en sursis?

En juillet dernier, dans les colonnes du Parisien, Bernard Gaudillère, dressait le bilan des 6 années de travaux de la Commission du Vieux Paris dont il a assuré la présidence après avoir été directeur de cabinet de Bertrand Delanoë, adjoint chargé des finances puis sous la première mandature d’Anne Hidalgo, président de la société d’exploitation de la tour Eiffel et ensuite du Crédit municipal.

« Notre mission est aujourd’hui finie avant la constitution d’une nouvelle équipe. Et je pense que nous avons joué très honorablement notre rôle » précisait-il alors, ajoutant que l’indépendance de la commission avait été assurée et garantie par la publication de toutes les décisions (*) mais que « les permis du préfet de région concernent les domaines de l’Etat ou de la SNCF ou des hôpitaux de Paris. La commission alertée trop tardivement n’a bien souvent pas pu agir efficacement. » Citant les réussites comme la non destruction de la fontaine qui se trouve devant le Grand Palais, le président de la commission regrette en revanche que l’avis de celle-ci n’ait pas été suivi pour le projet réaménagement de l’Hôtel-Dieu « …une opération de vandalisme architectural… » (cf photo illustrant cet article).  Il souligne enfin que bien souvent des démolitions et des projets de surélévation n’ont pas pu être arrêtés.

Lorsqu’une nouvelle mandature commence, les membres de la commission dont l’avis rappelons-le est consultatif, sont renouvelés.  Or la mairie souhaite profiter de ce changement pour engager une réforme qui inquiète les spécialistes du patrimoine. En 2014 déjà, Anne Hidalgo avait laissé entendre que cette commission créée en 1897 pourrait être supprimée. Face au tollé provoqué, les pétitions et les nombreuses réactions hostiles, cette idée avait été abandonnée. Le projet de délibération du conseil de Paris du 16 décembre consiste à réduire le nombre de membres de 55 à 40 (la Maire, membre de droit, le collège des 14 élus et le collège des 25 experts, architectes, associations…) choisis par la mairie. Le collège dit institutionnel est quant à lui formé de représentants (non membres de la commission) des services de la ville. La durée du mandat des experts serait ramené de 6 à 3 ans. Cette délibération a donné lieu à un vif débat où ont été dénoncés les choix de la mairie concernant certains dossiers qui ont été retenus malgré l’avis défavorable de la commission. Il est vrai que la commission est une contre pouvoir qui alerte dès qu’une opération peut porter atteinte au patrimoine architectural de la capitale. Aussi la tentation pour la mairie est-elle grande selon certains observateurs de « mettre la commission au pas » ce qui lui ferait perdre son indépendance.

Dans le projet de résolution soumis au conseil de Paris on peut lire « … Au-delà de la veille permanente sur les permis de démolir et de construire – la CVP (NDLR: Commission du Vieux Paris) élargira ses travaux par une attention aux adaptations du patrimoine en lien avec l’évolution de la ville et le programme de la mandature : création et innovation architecturale, végétalisation, rénovation thermique, accessibilité, révision du PLU. Cela ne doit pas venir en opposition avec la mise en valeur du patrimoine, mais exprimer un patrimoine en mouvement. La présence d’architectes praticiens, dont le parcours et les réalisations leur auront permis de développer une réflexion à la fois sur les problématiques patrimoines contemporaines, sur l’intervention en milieu urbain dense et ou la recherche architecturale, sera encouragée. » Et enfin « … A fin de permettre la mise en œuvre de ces orientations, renforcer le rôle de veille et de conseil de la CVP, ainsi que son efficacité, il s’avère nécessaire d’apporter des ajustements à ses statuts, notamment sur le nombre de membres. « 

Tout est dit dans ces lignes, on sent effectivement le besoin de la mairie, tout en prenant les précautions nécessaires, d’adoubement par la nouvelle commission du Vieux Paris de ses futurs projets architecturaux touchant le patrimoine de la ville. Une opération qui n’est pas sans risque et que nous suivrons avec intérêt.

 

(*) 300 délibérations prises, 300 avis consultatifs décidés par la commission, 20 % des vœux  suivis par les promoteurs et 40 %  approuvées avec le soutien de l’hôtel de ville alors que 20 % n’ont pas été suivis. Enfin, 20 % des avis se sont vus confrontés aux choix de la préfecture.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.