La nuit noire en voie d’extinction

Ce n’est pas la première fois que nous consacrons un article sur la pollution lumineuse. Les commentaires relatifs à la COP26 qui vient de se tenir à Glasgow n’en font guère état malheureusement. Et pourtant nous constatons tous que la plupart des éclairages des commerces, les enseignes et publicités lumineuses ne sont pas éteintes alors que dans les villes de moins de 800 000 habitants par exemple le code de l’environnement exige, excepté pour les commerces fonctionnant la nuit (*), l’extinction de ces feux (les enseignes notamment) entre 1h00 et 6h00 du matin ! Il est anachronique de constater que ces règles ne s’appliquent pas aux abribus et panneaux publicitaires. Pourquoi ?  Les constats faits par RAP (Résistance à l’Agression publicitaire) pointent par exemple les agences immobilières qui laissent leurs annonces éclairées bien trop longtemps. Le recours aux leds qui peut apparaître comme une solution est dénoncé par l’ANPCEN (association  nationale pour la protection du ciel et de  l’environnement nocturne). la lumière blanche est en effet nocive pour la santé humaine, la biodiversité et l’impact de leur fabrication est critiquable sur le plan écologique.

Il appartient aux maires de prendre des mesures de protection s’ils ne l’ont pas fait dans le cadre du plan local de publicité. Un projet de loi pourrait bientôt réglementer l’usage des enseignes qui se trouvent derrière les vitrines. Ce projet est dénoncé par le syndicat national des entreprises de l’enseigne et de la signalétique (e-vision) qui craint de voir taxer dans la foulée les enseignes à l’intérieur des commerces comme le sont déjà celles situées à l’extérieur. Les contrevenants risquent actuellement une amende de 750 €. Est-ce suffisamment dissuasif ?  Thomas Pesquet a pu mesurer de sa station spatiale les dégâts causés par la pollution lumineuse. Depuis 1990, selon l’ANPCEN, « le nombre de points lumineux de l’éclairage public a augmenté de 89%…quand la quantité de lumière émise a elle connu une croissance infernale de 94 % » (ce pourcentage est hors publicités lumineuses, vitrines allumées, illuminations diverses, bureaux éclairés non occupés et éclairage des parkings). 11 millions de lampadaires et 3,5 millions d’enseignes sont allumés chaque soir en France, ce qui explique les halos lumineux visibles à des distances éloignées. Est-il normal et utile aussi que la portée du phare de la Tour Eiffel soit de 80 km ?

Selon France Info, la pollution lumineuse touche jusqu’à 85% de la France (éclairage public, signalisation, lumière domestique), de nombreuses espèces animales et végétales sont impactées avec à la clé des comportements et des déplacements perturbés. Des oiseaux, des batraciens ne distinguent plus leurs proies. Les effets se font sentir aussi sur la santé humaine. Les citadins qui restent dans leur ville ne voient plus depuis longtemps la nuit étoilée. Thibaut Caudron dans Futura Sciences du 08 novembre 2021 n’hésite pas à affirmer que « la pollution lumineuse menace désormais d’éteindre nos étoiles« .

Le bilan annuel 2021 de l’Observatoire français de la biodiversité (OFB) fait un constat alarmant à cet égard.  Il y a vraiment danger pour des espèces animales  (1/3 des vertébrés et 2/3 des invertébrés sont nocturnes) et végétales. La lumière artificielle est la seconde cause après les pesticides d’extinction des insectes. Les modifications portent aussi sur l’orientation.

En sus de la réglementation qui n’est pas toujours appliquée avec rigueur, des pistes sont explorées. Ainsi des zones protégées de la pollution lumineuse ont été définies, des labels « villes et villages étoilés » créés mais il s’agit de mener un travail de longue haleine si l’on ne veut pas qu’en France et dans bien d’autres pays il ne soit plus possible d’admirer une nuit étoilée et par voie de conséquence que la faune, la flore et la santé humaine soient encore plus affectées.

 

(*) Ils peuvent ouvrir leurs lumières une heure avant l’ouverture et jusqu’à une heure après la fermeture.

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