La transformation en « triangle d’or » de la rue de Rivoli est-elle une bonne nouvelle ?

Sous le titre « C’est très animé on peut respirer » transformé, le quartier du Louvre séduit les Parisiens, le journal « Le Parisien » sous couvert du système éculé d’interviews de passants, donne dans son édition du 5 août, comme il le fait trop souvent, un véritable satisfecit à l’équipe municipale sur l’interdiction des voitures Rue de Rivoli allant jusqu’à parler de nouveau « triangle d’or » depuis l’ouverture de la Samaritaine et de la Bourse du commerce qui abrite la collection Pinault.
Prenons un peu de recul sur ces commentaires par trop faciles et apportons un avis davantage réaliste sur l’évolution de ce secteur du centre de Paris.
Tout d’abord, et nous l’avons écrit, pour modifier un quartier, comme cela aurait dû être fait par la mairie, il faut l’assentiment de toutes les parties prenantes. En l’espèce ici,  la Maire de Paris ne s’est pas embarrassée de concertations, échanges, études préalables et autres méthodes participatives etc…, elle a tout bonnement imposé à la hussarde la fermeture à la circulation automobile de la Rue de Rivoli, profitant de manière assez éhontée de la première crise du Covid pour rendre sa décision effective. Pas très démocratique tout de même ?
L’arrivée quelque temps après de la Samaritaine, inaugurée en grande pompe, peut apparaître comme une excellente chose pour le quartier, toutefois il faut être conscient que le grand magasin ne vend que des articles de luxe, sans rayon de bouche (si ce n’est du champagne à tous les étages). Il s’est adjoint un hôtel-restaurant de luxe où ne se rendront à l’évidence que trés peu d’habitants du quartier. L’ancien restaurant « Le Tout Paris« , où l’on se rendait en famille pour admirer la Seine tout en déjeunant à un prix raisonnable, fait partie du passé. Ce n’est donc pas pour rien que « Le Parisien » avance l’expression de « nouveau triangle d’or » d’autant qu’outre le musée tout proche, l’ex Bourse du commerce, destiné plutôt aux initiés qu’à tous publics,  abrite lui aussi un restaurant avec chef étoilé. Difficile d’imaginer qu’il soit fréquenté par les Parisiens résidant dans le secteur qui n’iront pas en nombre, ni non plus dans celui de la Grande Poste du Louvre à quelques encablures plus loin.
Néanmoins, pour donner un vernis social à tout cela, des logements sociaux ont été aménagés ainsi qu’une crèche aujourd’hui vide (voir notre article du 17 décembre 2020 ), il importe que les élus ne renient pas leurs idées tout de même. Or qui peut penser que les occupants de ces habitations vont pouvoir effectuer leurs achats dans cet ensemble de boutiques luxueuses qui constitue leur environnement. D’autre part, « l’effet luxe » pèse sur les prix de l’immobilier dans le secteur. Les classes moyennes dites « intermédiaires »  ne pouvant devenir propriétaires à de tels prix partent.
Quant aux commerçants ce n’est pas le même son de cloche que celui du Parisien qui nous remonte, mais plutôt tout le contraire. La transformation en piste cyclable de la Rue de Rivoli leur cause un grand tort, les affaires sont moins bonnes, les franciliens qui venaient acheter ne viennent plus dissuadés qu’ils sont par les difficultés de circulation. Les commerçants osent croire que le tourisme, s’il redevient ce qu’il était avant la crise, puisse pallier la baisse de chiffre d’affaires, mais quand ? Déjà des commerces sont en grande difficulté. Heureusement cependant, la mairie de Paris, prévoyante, a fait en sorte de donner de l’ambiance au quartier devenu monotone, les terrasses se sont ainsi multipliées dans les rues débouchant sur la rue de Rivoli. Trop tranquilles, elles sont devenues invivables. Au diable, la montée en gamme d’un quartier ne doit pas empêcher les clients de ces établissements venant d’autres secteurs de la capitale de s’amuser. Tant pis pour le sommeil des résidents, ils ont eu le temps et la chance de pouvoir en faire provision pendant le confinement. Et s’ils ne sont pas contents, rien ne leur interdit de quitter Paris! Permettre à tout un chacun de faire la fête là où il veut et quand il veut n’est-il pas une forme de solidarité? Ceux qui ne le comprennent pas ne sont pas dans l’air du temps, ils sont ringards. Quant à l’évolution du quartier, c’est la vie et, là aussi, il faut s’y faire et  s’y plier, c’est ainsi puisque tel en a décidé l’équipe municipale élue avec moins de 20% des voix des inscrits sur les listes électorales.
Agir de la sorte, en transformant des quartiers entiers sous le seul critère du luxe (c’est-à-dire de l’argent donc des « riches ») avec une petite teinture sociale au travers de la création  de logements dits « sociaux » , ne va t’on pas dans le sens contraire à celui de l’évolution présente de la société impactée par la pandémie ? Elle nous oblige en effet à repenser notre façon de vivre, notre environnement, notre modèle  et surtout notre façon d’agir à l’égard de tous ceux dont la situation est devenue encore plus précaire.

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