Petite histoire de la fontaine de la Croix-du-Trahoir

Le carrefour où se croisent les rues de l’Arbre Sec et Saint-Honoré (Ier) était autrefois un des plus fréquentés  de Paris,  le lieu où se déroulaient exécutions capitales et supplices (notamment l’essorillement réservée aux oreilles des serviteurs indélicats) jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Une roue de supplice y était installée ainsi qu’un gibet (l’arbre sec) et une croix (la croix de Tahoir, nom provenant du vieux français désignant un  » tiroir  » que l’on tirait lors de la vente de tissus dans les commerces de la place). La croix qui fut détruite à la Révolution était destinée aux suppliciés  pour y faire leur dernière prière avant leur supplice. Il est intéressant de préciser qu’au moment de la Fronde ce secteur où était exploitée une station de chaises à porteurs connut de fortes tensions.  Arrestations, barricades  et répressions s’y succédèrent.

Le bâtiment très classique auquel est adossée la fontaine actuelle a été édifié en 1776 et a remplacé la maison dans laquelle les juges assistaient aux exécutions. Il est l’œuvre de Soufflot (une plaque l’indique côté nord) et servait de bâtiment technique pour les fontainiers (jusqu’au XXe siècle). Une plaque au-dessus d’un mascaron crachant de l’eau dans une vasque la rappelle. Sur la façade rue Saint-Honoré, une sculpture de Nymphe portant une amphore dont l’eau se déverse, encadrée de  « bossages en  en stalactites » (ou congélations) est due au ciseau de Louis-Simon Boizot (1743 -1809) grand prix de Rome à 19 ans. Des coquilles Saint-Jacques agrémentent l’une des frises. L’eau était acheminée par la fontaine de la Samaritaine sur la Pont Neuf. En 1966 ces locaux devinrent un temps le siège du consulat d’Andorre avant d’abriter, après quelques vicissitudes, « une galerie d’art au rez-de-chaussée, ouverte au public, un studio de musique au sous-sol, et quatre ateliers de plasticiens et cinéastes dans les étages. » puis semble t-il garage à vélos. 

La fontaine construite d’abord sous François Ier par Jean Goujon, restaurée sous le règne d’Henri IV, devenue extrêmement vétuste a été reconstruite à la demande de Louis XVI comme l’indique une plaque en marbre où est rédigé en latin le texte suivant : 

« Louis XVI, la première année de son règne, ordonne pour le bien public que le château d’eau de l’arc de Julien, vétuste et en mauvais état, soit complètement réédifié avec plus d’élégance par Charles Claude d’Angivillers surintendant des Bâtiments du Roi. »  On notera aussi au-dessus de cette plaque, une couronne et 3 fleurs de lys entourées de 2 rameaux de laurier.

Le bâtiment et la fontaine sont inscrits aux Monuments Historiques depuis 1925, mais très encrassé cet ensemble mériterait un ravalement et sans doute une restauration. Les fontaines du quartier ne sont en effet pas à la fête depuis quelque temps, sa consœur de la place des Innocents est encore plus mal en point.   

 

 

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