Bonne nouvelle pour les nostalgiques du Berlin de la guerre froide : la Ville de Paris envisage de créer des “Check Point Charlie” pour contrôler les sorties de Paris-Centre   

On le sait, la Ville de Paris se protège des quartiers périphériques et de ses habitants, et met en œuvre de nombreuses initiatives pour les empêcher de venir dans le centre de la capitale. 
 
Cela s’est déjà traduit par exemple dans la suppression il y a déjà plusieurs années de la circulation, place de la République, du Faubourg du Temple vers la rue du Temple. Plus récemment par la fermeture de la rue de Rivoli aux non-riverains, ou encore l’interdiction pour les non-résidents d’utiliser la rue des Petits-Champs pour aller vers l’Ouest de la capitale et l’Avenue de l’Opéra.
 
Poursuivant dans cette ligne d’exclusion et de contraintes, la Mairie a décidé, dans sa novlangue, d’ “apaiser” encore la circulation dans le Centre de la ville et d’empêcher totalement les habitants de la périphérie et ceux de la banlieue de transiter par ces quartiers, renvoyant la circulation vers, par exemple, les Grands Boulevards rive droite. 
 
La Ville veut être certaine que, si les Parisiens des autres quartiers viennent dans le Centre, ce n’est que pour y consommer. 
C’est dans ce but que, dans le cadre de cette future zone « apaisée » qui couvre Paris Centre, ainsi que des portions des 5ème, 6ème et 7ème arrondissements dans le nord du boulevard Saint-Germain, la Mairie de Paris, par la voix de son adjoint aux transports David Belliard (EELV) interrogé par BFM Business le 1er mars, a dit réfléchir à demander des « justificatifs » pour pouvoir en sortir.  
C’est ainsi que la Ville pense installer des check-points de police municipale autour de la zone “apaisée”. Ces agents contrôleront les motifs de circulation de ces “non-résidents” qui auront osé venir importuner le Centre et pour cela leur demanderont des justificatifs : tickets de caisse, ordonnances médicales, attestation de consultation de leur avocat, etc. pour pouvoir sortir des quartiers bunkerisés. Tout manquement sera sanctionné par une amende.
 
Où va s’arrêter l’imagination de l’équipe municipale pour brider la liberté de ses habitants ? Naguère, un Parisien du 18ème ou du 20ème arrondissement pouvait se considérer chez lui dans le Centre de la ville. Bientôt, si ce projet odieux devait s’imposer, il saura qu’il n’y est pas le bienvenu, et qu’en tous cas il ne pourra pas y venir librement.  
Même si elles ne seraient demandées qu’à la sortie (un justificatif pour entrer dans les quartiers concernés sera-t-il la prochaine étape ?) ces « autorisations  » portent gravement atteinte au respect de la vie privée, comme à la liberté de circuler, ce qui est une atteinte gravissime aux libertés fondamentales. 
Et qu’en est-il du secret médical en cas de consultation chez un médecin, du secret professionnel en cas de rendez-vous chez un avocat? Faudra-t-il justifier d’un minimum d’achats ? Quid de la visite chez un ami, devra t’il nous accompagner au retour pour arborer sa quittance EDF ou faudra-t-il une lettre tamponnée par la Maire pour aller diner chez lui ? Les agents municipaux n’étant pas soumis à un secret professionnel protecteur des personnes qu’ils contrôlent, des statistiques et des fichages par type de personne et la raison de leur présence dans le Centre deviendront possibles. 
Quels postes de contrôle vont être mis en place aux sorties ?  Des guérites (voir le modèle qui se trouve au Jardin du Luxembourg qui illustre cet article) devront être installées pour accueillir les équipes de la DPSP, et placées par exemple au milieu de la chaussée au niveau de la Place de la Bastille, de la Place de la Concorde ou de la République. Outre l’image déplorable d’une frontière intérieure, les embouteillages qui s’ensuivront ne seront rien (malgré la pollution créée alors que le souhait est de l’éradiquer) en comparaison de l’image exécrable de la ville à l’étranger. 
Pour mémoire, la suppression des octrois et l’instauration de la liberté de circuler sans entrave avait été l’une des grandes revendications de la Révolution française.
 
La prétention “écologique” de la mesure, qui viserait à réduire la pollution, ne tient pas, puisque cette mesure s’applique aussi bien aux voitures électriques qu’aux voitures thermiques ou hybrides.  
En revanche, ces idées dénotent un absolu mépris de la part de nos édiles des principes tenant aux fondamentaux des libertés.
Cette modification des accès dans nos quartiers se doublera en plus d’un nouveau plan de circulation en cours d’élaboration… La « concertation », selon la méthode municipale que l’on connait, a été lancée et le résultat qui en ressortira ne manque pas de nous inquiéter.  Malgré celles existantes, de nouvelles contraintes après celles liées à la suppression de places de stationnement,  à la réduction du nombre de voies pour circuler etc… vont encore compliquer davantage notre vie quotidienne. Plus aucun artisan ne voudra intervenir à Paris. Les personnes ayant besoin de leur véhicule pour se déplacer ou travailler (commerçants, personnes handicapées et âgées, livreurs…) vont rapidement se rendre compte de la galère qui les attend avec les contrôles aux « check points » qui seront installés.
Ce ne sont pas les déclarations de David Belliard spécifiant « Bien informer, bien signaler pour trouver les alternatives  etc… les contrôles seront aléatoires… » ou indiquant que les résidents ne seront pas concernés qui vont relativiser cette décision très impactante et prévue pour être appliquée dès 2024… curieusement pour les Jeux olympiques. Et après les Jeux, quelles nouvelles mesures contraignantes nos élus (avec moins de 20% des voix des inscrits sur les listes électorales) nous préparent-ils ? Sommes-nous assurés  qu’il n’y aura pas de portails à lecture de plaques, à la manière d’un péage urbain comme à Londres ?
Quid aussi du budget nécessaire notamment en matière de signalétique à la mise en place de ce nouveau carcan sur lequel le préfet de police a émis de sérieuses réserves ? Déjà, la complexification à outrance des “zones partagées” et autres curiosités aboutit à des incohérences de signalétique, par exemple à l’angle rue du Temple / rue Simon le Franc, où les vélos sont autorisés à circuler à contresens selon les indications verticales, mais pas selon les indications horizontales.
 
Sur les réseaux sociaux qui constituent souvent le pouls de l’opinion, c’est une levée de boucliers contre de telles mesures. La Mairie n’hésite pas à se justifier en brandissant les statistiques dont on ne connait pas l’origine, ni la base de référence, faisant apparaitre que la circulation automobile à Paris baisse de 3 % par an en moyenne.  Difficile pourtant de se fonder sur des données faussées par la pandémie et le confinement.  Lorsque l’adjoint aux transports cite le cas de la rue Montorgueil pour montrer que  » la piétonnisation depuis le début des années 90…c’est +70 établissements commerciaux en 20 ans » n’a aucun sens lorsque l’on sait que la plupart de ces commerces sont des bars dont les riverains « goûtent « chaque jour les nuisances (voir notre article du 28 janvier 2022 sur le sujet).
Il est vrai que les règles pour la multiplication et l’extension des bars sont beaucoup plus laxistes que celles que l’on est en train de nous concocter !

1 commentaire

  1. Merci pour votre article sur le projet délirant de M. Belliard
    Tout cela est bien inquiétant quand on sait ce que valent les pseudo consultations préalables de la population
    Espérons que l’opposition montera intelligemment et efficacement au créneau en attaquant sur le point de la liberté de circuler

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